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Un espace de notation plus étroit pour les banques françaises / Des bilans solides, mais une dépendance renforcée au souverain

Les grandes banques françaises ont conservé leur note malgré le déclassement de la France à A+. Mais la contrainte souveraine s’est resserrée : une nouvelle dégradation de l’État entraînerait mécaniquement un abaissement de leurs notations.
Les grandes banques françaises évoluent désormais sous plafond souverain - Photo by Serge ATTAL / Only France via AFP
Les grandes banques françaises évoluent désormais sous plafond souverain - Photo by Serge ATTAL / Only France via AFP

La récente dégradation de la France par Fitch à "A+"/Stable n’a pas provoqué de séisme immédiat pour les grandes banques hexagonales. Leurs notes sont restées stables. Mais sous la surface, c’est la marge de manœuvre qui s’est réduite. Désormais, leur destin est plus que jamais solidaire de celui de la dette souveraine.

"La marge de notation des grandes banques françaises s’est réduite par rapport à l’année dernière", souligne l’agence. Pour celles dont la note est fixée à "A+", la situation devient particulièrement délicate : leur évaluation est plafonnée par la signature de l’État, et une nouvelle dégradation souveraine entraînerait mécaniquement un déclassement. BNP Paribas, Crédit Agricole, Crédit Mutuel Alliance Fédérale et Arkéa, tous positionnés à ce niveau, se retrouvent ainsi exposés à une épée de Damoclès. Société Générale (A-/Stable) et le groupe BPCE (A/Stable) ne sont pas non plus affectés à ce stade, mais leur marge de sécurité s’est, elle aussi, amincie.

L’abaissement de la note de l’"environnement opérationnel" – passé de "aa-" à "a+" – illustre ce resserrement. Cette variable-clé, censée refléter les conditions économiques, est désormais contrainte par la note souveraine. Fitch rappelle qu’elle continue de "refléter un environnement économique solide et les fondamentaux de crédit robustes de la France", mais elle ne peut s’affranchir de la dégradation du pays.

 

Un risque moins comptable que politique

 

La Banque Postale, elle, a déjà subi le contrechoc. Fitch a abaissé sa note de "A" à "A-", invoquant un modèle d’activité moins diversifié que celui de ses pairs, une rentabilité plus faible sur le marché domestique et surtout une exposition plus marquée à la dette souveraine à travers CNP Assurances.

Pour autant, l’exposition directe aux titres d’État reste contenue pour le reste du secteur. À l’exception de La Banque Postale, les créances sur la dette française représentent entre 15 % et 30 % des fonds propres CET1 des grands groupes. Même en intégrant les portefeuilles des filiales d’assurance, la charge demeure inférieure à 40 %. "Ces niveaux n’exposent pas les banques à d’importantes fluctuations des ratios de fonds propres", insiste Fitch. Par ailleurs, les encours vis-à-vis des grandes entités publiques et des collectivités locales bénéficient d’une protection contre les aléas de marché.

C’est donc moins l’exposition comptable que la contrainte souveraine qui fragilise les banques françaises. Et sur ce terrain, elles se trouvent dans une situation plus serrée que nombre de leurs homologues européens. Les établissements allemands ou néerlandais, adossés à des États notés "AAA", disposent d’un plafond théorique beaucoup plus élevé qu’ils n’atteignent pas encore. À l’inverse, les banques italiennes sont déjà pénalisées par la faiblesse de leur souverain, mais elles ont intégré depuis longtemps ce handicap structurel. Les banques françaises, elles, évoluent dans un entre-deux inconfortable : leur État n’est ni au sommet, ni très bas, et toute dégradation supplémentaire les exposerait immédiatement à un déclassement.

 

Prime de risque accrue

 

Sur le plan microéconomique, les fondamentaux demeurent solides. Les réserves de fonds propres restent confortables, la diversification internationale protège des chocs locaux et la qualité des actifs a bien résisté sur douze mois. Les ratios de prêts non performants sont stables, voire en légère amélioration, tandis que la rentabilité, après un point bas en 2023-2024, commence à se redresser. C’est cette robustesse qui permet encore à BNP Paribas, Crédit Agricole et Crédit Mutuel de maintenir leurs dettes privilégiées et dépôts un cran au-dessus de l’État, à "AA-".

Cependant, la rentabilité des grands établissements bancaires tricolores reste inférieure à la moyenne européenne, et l’élargissement des spreads souverains accroît le coût de financement. Fitch observe que "la demande du marché est restée forte pour les émissions bancaires récentes", mais elle s’accompagne désormais d’une prime de risque accrue. La compétitivité des établissements hexagonaux pourrait s’en trouver érodée face à leurs pairs, bénéficiant de conditions plus favorables.

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