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Les banques françaises face au test du printemps / Hiérarchie contrastée avant les trimestriels
Le 30 avril sera révélateur. Les trois grandes banques françaises cotées, BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole SA, publieront simultanément leurs résultats du premier trimestre 2026. En prévision de cette échéance, Deutsche Bank esquisse déjà un tableau contrasté. « Nous prévoyons un premier trimestre en demi-teinte pour les banques françaises », résument les analystes Sharath Kumar et Benjamin Goy dans une récente note, tout en précisant qu’ils voient « BNP potentiellement délivrer les meilleurs résultats, suivi de SocGen, et CASA en queue de peloton ».
BNP bénéficie d’une diversification géographique et métier qui soutient ses revenus en banque de détail, notamment en France, en Belgique, au Luxembourg et dans Personal Finance, ainsi que dans la gestion patrimoniale, grâce notamment à la consolidation d’AXA IM au sein du pôle IPS. Deutsche Bank anticipe une croissance des revenus de 7 % en glissement annuel et un bénéfice net ajusté en hausse de 6 %, avec un effet de ciseau légèrement positif d’environ 1 %. L’ombre au tableau réside dans la hausse des coûts de restructuring, estimée à 300 millions d’euros sur le trimestre, liée à l’intégration d’AXA IM, ainsi que dans le risque juridique lié au litige soudanais, dont l’issue reste imprévisible et dont les analystes soulignent qu’il « éclipse les solides fondamentaux de la banque par ailleurs ».
Reconstruction en marche chez SocGen
Société Générale offre le profil d’une banque en pleine reconstruction de sa rentabilité. Deutsche Bank attend un trimestre solide, porté par l’accélération de la banque de détail en France (+ 6,5 % de revenus en glissement annuel, contre + 4,5 % au quatrième trimestre 2025), la bonne tenue de l’international, notamment en République tchèque et en Roumanie, ainsi que par des améliorations continues chez Ayvens, sa filiale de leasing, malgré la normalisation des ventes de voitures d’occasion. Le coût du risque est attendu à 25 points de base, parmi les plus faibles de la place. Le vrai catalyseur reste cependant à venir : un rachat d’actions potentiel de 1,5 milliard d’euros à l’occasion des résultats du deuxième trimestre, et une journée investisseurs fixée au 21 septembre 2026, où le groupe pourrait dévoiler un objectif de rendement des fonds propres tangibles (ROTE) de 13 % à horizon 2030. « Nous voyons une marge pour annoncer des objectifs à moyen terme avec un ROTE cible 2030 d’environ 13 % et un ratio coûts/revenus inférieur à 55 %, ce qui pourrait être bien accueilli », anticipe Deutsche Bank.
Reste le cas Crédit Agricole SA, pour lequel le trimestre s’annonce plus mitigé. Deutsche Bank anticipe une baisse de 12 % du résultat net en glissement annuel, pénalisée par un recul des revenus de 4 %, l’essentiel de la dégradation venant d’Amundi après la déconsolidation de Victory Capital aux États-Unis, de l’assurance sous l’effet d’une sinistralité en hausse, et de la banque de financement et d’investissement affectée par la pression du dollar. La hausse de l’impôt sur les sociétés en France, liée à la surtaxe temporaire, alourdira encore la facture fiscale. Si l’amélioration des revenus dans la banque de détail en France (+ 8 % attendu) et dans les services financiers spécialisés (+ 4,5 %) constitue un point d’appui réel, elle ne suffit pas à neutraliser la baisse des métiers générateurs de commissions et de marges élevées. Le ratio CET1 est attendu à 11,8 %, stable séquentiellement, soit le niveau le plus bas du trio.
Le crédit PME se tend sans déraper
La question de la qualité des actifs reste en toile de fond. Dans une étude récente sur les établissements tricolores, Moody’s souligne que les PME représentent environ 40 % des créances douteuses des banques françaises pour seulement 15 % de l’encours total, avec un ratio de prêts non performants de 5,1 %, désormais supérieur à la moyenne européenne. Cette exposition varie toutefois sensiblement selon les groupes : les réseaux mutualistes concentrent à eux seuls 75 % de l’exposition domestique aux PME, quand BNP Paribas et Société Générale apparaissent plus diversifiées.
Pour autant, pas de signal d’alarme à ce stade. Moody’s souligne que les niveaux de provisions restent élevés, avec des taux de couverture de 73 % pour les mutualistes et de 51 % pour BNP Paribas et Société Générale, auxquels s’ajoutent des ratios de capital jugés robustes. L’agence n’anticipe ainsi pas d’impact matériel des tensions sur les prêts aux PME sur la qualité des actifs ou la rentabilité des banques. Autrement dit, le sujet mérite surveillance, sans fragiliser à ce stade l’assise financière du secteur.
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