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Le retour en force de la banque de détail / Elle redevient le principal moteur de croissance des grands établissements français
Le centre de gravité s’est déplacé. Comme l’ont montré les derniers résultats trimestriels des grandes banques françaises, ce qui grignotait hier la marge d’intérêt nourrit désormais la croissance. Au deuxième trimestre, elles ont en effet tiré l’essentiel de leur progression de revenus d’un réseau domestique à nouveau porteur, dans le sillage de la détente monétaire et d’un redémarrage des volumes de crédit.
Ensemble, Crédit Agricole, BNP Paribas SA, Société Générale et BPCE ont affiché une croissance agrégée de leurs revenus de 4,1 % sur un an, principalement soutenue par la banque de détail en France, confirmant la tendance positive déjà observée au premier trimestre 2025, relève Morningstar DBRS dans sa dernière étude sur le secteur.
Un moteur retail qui ne tourne pas partout à la même vitesse
La banque de détail en France représente désormais 31 % des revenus des quatre grands groupes, en progression de 5,5 % sur un an, observe l’agence de notation. Une tendance unanimement partagée, mais dont l’intensité diffère sensiblement selon les établissements. BPCE, qui s’appuie sur ses réseaux Banque Populaire et Caisse d’Épargne, mène la course avec un bond de 9,8 % de ses revenus de banque de détail. Cette performance tient à la baisse du coût des dépôts réglementés après les premières baisses de taux de la BCE, à la poursuite du repricing des prêts à des conditions plus avantageuses, et à une activité commerciale particulièrement soutenue.
De son côté, Société Générale a vu les revenus de sa banque de détail rebondir de 7,4 % sur la période, profitant de la fin des effets défavorables liés à des couvertures de taux court terme arrivées à échéance mi-2024. Crédit Agricole ferme la marche avec une progression limitée à 2,5 %, un rythme en trompe-l’œil qui s’explique par un effet de base défavorable : sa marge d’intérêt avait déjà bondi de 10,9 % au deuxième trimestre 2024 par rapport à la même période de 2023. À l’inverse, BNP Paribas ne fait encore qu’amorcer le mouvement : la hausse de 3,2 % enregistrée sur ce segment n’apparaît que comme un avant-goût de la forte accélération du produit net d’intérêt attendue au second semestre 2025.
Le produit net d’intérêt, clé du rebond
Fort logiquement, le produit net d’intérêt - ou revenu net d’intérêt - occupe une place centrale dans le redressement de la banque de détail. Il capte à la fois l’effet positif de la baisse du coût des dépôts et celui de la revalorisation progressive des encours à des taux plus élevés. Fitch Ratings l’a récemment rappelé, soulignant que ce levier de rentabilité demeurait déterminant pour les établissements français.
Le ressort à l’oeuvre est connu. Jusqu’à mi-2024, la remontée des taux avait comprimé la marge d’intérêt des banques françaises, pénalisées par un important stock de dépôts réglementés indexés sur les taux directeurs et par une forte proportion de prêts à taux fixe de long terme, accordés à des conditions historiquement basses. Avec l’inflexion monétaire, la donne s’inverse : le coût de la ressource se détend, tandis que l’actif continue de se revaloriser à mesure que les encours sont renouvelés à des taux plus élevés et que la production de crédit reprend. "La baisse des taux directeurs profite aux banques françaises", résume Morningstar DBRS, en rappelant que l’ampleur du rebond dépend étroitement du profil des dépôts et des stratégies de couverture propres à chaque établissement.
En comparaison, les revenus de la BFI, qui avaient constitué l’un des principaux moteurs de croissance en 2024 et représentent encore 30 % du total, n’ont progressé au deuxième trimestre que de 3 % sur un an. Ils ont été pénalisés par le recul du courtage actions chez BNP Paribas et Société Générale, après un deuxième trimestre 2024 particulièrement faste dans ce domaine.
Un effet de levier opérationnel
Conséquence directe du regain de dynamisme de la banque de détail française, celle-ci a contribué à améliorer l’efficacité opérationnelle des grands réseaux. Au deuxième trimestre, les revenus du segment ont progressé plus vite que les charges, ramenant le ratio coûts sur revenus (CIR) agrégé à 61 %. Une évolution illustrant un effet de levier opérationnel tangible : BNP Paribas a ainsi ramené son CIR à 57 % grâce à une stricte maîtrise des dépenses, Société Générale a gagné quatre points à 64 %, Crédit Agricole est resté stable à 60 %, tandis que BPCE a reculé de 71 % à 68 % malgré un niveau encore élevé, la hausse de ses revenus ayant plus que compensé celle des charges.
La question est désormais de savoir si cet élan peut durer. Le moteur retail bénéficie aujourd’hui d’un alignement favorable : les dépôts coûtent moins cher et l’actif continue de se réévaluer à la hausse. Mais cet effet mécanique a vocation à s’estomper si la concurrence sur le crédit s’intensifie ou si les baisses de taux se poursuivent. Les stress tests 2025 de l’EBA, publiés le 1er août, apportent une nuance utile : le scénario adverse montre une érosion plus marquée du capital chez les groupes coopératifs, sensibles à la courbe inversée et au poids des prêts immobiliers longs. Ils demeurent toutefois les mieux capitalisés du panel français, un coussin précieux pour absorber un environnement de marges plus normalisées.
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