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Sur les marchés / Wall Street / CAC 40

Sur les marchés
Wall Street / CAC 40

Les marchés rechutent, le VIX dépasse les 50 / Les investisseurs se délestent des actifs américains, ventes massives sur les Treasuries

Les tensions commerciales repartent de plus belle, et les marchés financiers accusent le coup. Au lendemain d’un court répit, les places européennes replongent dans le rouge, rattrapées par l’escalade en cours dans la guerre commerciale. La volatilité explose, les taux obligataires se retournent et le dollar recule, sur fond de désengagement massif des actifs américains, un mouvement que l’administration Trump pourrait non seulement tolérer, mais même favoriser au nom de la réduction des déséquilibres extérieurs.
Wall Street - Photo by SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
Wall Street - Photo by SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

L’accalmie aura été de courte durée. Les places boursières européennes replongeaient mercredi, jour de l’entrée en vigueur de la deuxième vague de droits de douane imposés par les États-Unis à leurs partenaires commerciaux. Vers 14h00, le CAC 40 chutait de 4,1 % à Paris, à 6 811,9 points. Avec, fait nouveau, Sanofi en lanterne rouge qui perd 7,1%, alors que le secteur pharmaceutique européen, jusqu’ici épargné, semble être la prochaine cible du président américain. S'exprimant mardi soir lors d'un dîner du Comité national républicain, Donald Trump a indiqué qu'il allait très prochainement annoncer "un tarif douanier important sur les produits pharmaceutiques".

Ailleurs en Europe, le DAX 40 cédait 3,9% à Francfort, le FTSE Mib perdait 3,4 % à Milan, tandis qu’à Londres, le FTSE 100 reculait de 3,7 %. L’indice paneuropéen Stoxx 600 décrochait de 3,7 % également. Un retour en baisse dans le sillage de l’Asie, où l’indice Nikkei 225 a abandonné 3,9 % à Tokyo, au lendemain d’un rebond alimenté par un échange téléphonique jugé encourageant entre le Premier ministre japonais, Shigeru Ishiba, et Donald Trump.

"Hier, les marchés se sont légèrement repris sur l’espoir que des négociations pour réduire les tarifs progressaient – Scott Bessent, le Secrétaire au Trésor, ayant déclaré que tout était négociable, et Donald Trump évoquant un accord en bonne voie avec la Corée. Mais ces espoirs ont été douchés par les signes que les représailles allaient plus vite que les discussions", résume Sébastien Paris-Horvitz, directeur de la recherche de La Banque Postale Asset Management.

L’Union européenne a en effet annoncé de premières mesures de rétorsion ciblées, en réponse aux droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium. La riposte aux tarifs automobiles et à la surtaxe réciproque de 20 % viendra plus tard, et pourrait inclure des taxes sur les géants du numérique.

 

La Chine désormais taxée à 104%

 

Mais le choc principal est venu de Washington. Pour répondre aux contre-mesures chinoises, Donald Trump a annoncé mardi soir une hausse de 50 % des droits de douane sur les importations en provenance de Chine. Celles-ci se voient désormais appliquer un taux cumulé de 104 % – résultat d’un tarif initial de 20 %, d’une surtaxe de 34 % et de cette dernière majoration soudaine.

Paradoxalement, la Bourse de Shanghai a clôturé mercredi matin en hausse de 1,3 %, malgré ce tour de vis commercial sans précédent.

A Wall Street, le S&P 500 a abandonné 1,6% mardi soir, le Dow Jones a cédé 0,8%, tandis que le Nasdaq Composite riche en valeurs technologiques a chuté de 2,2%.

"In fine, les marchés sont en baisse de près de 15% depuis une semaine et la volatilité reste à un niveau extrême. Ainsi le VIX, l’indicateur de la peur des marchés, dépasse désormais 50%. Et la volatilité sur le change et sur les taux augmente aussi fortement, ce qui accroit le risque d’accident dans le système financier à court terme", observe Sébastien Paris-Horvitz. L’indice VIX reflue à peine mercredi, évoluant à 54,7 après un pic à 57,3 mardi, des niveaux inédits depuis mars 2020, au plus fort de la pandémie, lorsqu’il avait culminé à 65,5. Le record absolu – près de 80 pendant la crise financière de 2008 – reste pour l’instant hors d’atteinte, mais rappelle qu’il reste de la marge… si la situation continue à se dégrader.

Sur les marchés obligataires, un renversement de tendance s’est produit en quelques jours. La baisse initiale des rendements des bons du Trésor, alimentée par le "fly to quality" des investisseurs cherchant refuge dans les obligations d'État pour se prémunir des risques liés aux tensions commerciales, a été suivie d’un rebond rapide. Ainsi, après une chute du rendement à 10 ans sous les 4 % suite à la réponse de la Chine aux mesures tarifaires de Trump, il s’échangeait à 4,419 % mercredi, retrouvant ainsi son niveau de fin mars.

 

Le dollar reflue

 

Ce retournement témoigne d’un sell-off des Treasuries américains, qui s’est intensifié mardi soir et au cours de la nuit, poussant les rendements à la hausse sur toutes les échéances : celui à 2 ans progresse mercredi à 3,758 % (+0,5 %) après avoir dépassé 3,8%, et celui à 1 an augmente de 0,4 %, atteignant 3,889 % après un bond à 3,95%. Les investisseurs semblent désormais se débarrasser massivement des Treasuries, même à court terme, malgré les attentes de baisse de taux.

Deux hypothèses se dégagent : soit les fonds spéculatifs (hedge funds) liquident des positions prises à effet de levier, soit des investisseurs étrangers se désengagent des actifs américains, comme l’illustre la chute du dollar, qui reculait mercredi de 0,9 %, à 0,9046 euro.

D’ailleurs, l’administration américaine semble "encourager la vente des Treasuries", souligne George Saravelos, responsable de la recherche sur les devises chez Deutsche Bank. Son objectif de réduire les déséquilibres commerciaux bilatéraux pourrait se traduire par une diminution de la demande mondiale pour les actifs américains, y compris une possible réduction des achats de Treasuries par des pays comme le Japon, premier détenteur officiel de ces titres.

Ce stress encore léger sur le marché du financement à court terme n'a pour l'instant pas de portée systémique. Et, en cas de dérapage, la Fed pourrait toujours intervenir pour stabiliser la situation. Si jamais les perturbations sur le marché des Treasuries persistaient, "nous ne voyons pas d’autre option pour la Fed que d'intervenir en achetant des Treasuries pour stabiliser le marché obligataire", indique ainsi George Saravelos. Mais si la situation peut sans doute être maîtrisée à court terme, seule une inflexion de la politique commerciale de l’administration Trump permettrait, selon lui, de stabiliser les changements plus profonds à l’œuvre sur les marchés financiers.

Un point de vue partagé par Mohit Kumar, chef économiste chez Jefferies Europe, pour qui "la vraie question est de savoir comment un tel virage pourrait s’opérer" et "dans quelles circonstances il serait acceptable pour le président Trump."

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