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Macro-économie / Taux / Banque de France / Politique monétaire

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Banque de France / Politique monétaire

La Banque de France dans le rouge (vif) pour le bien commun / Pas de recapitalisation à prévoir

Les chocs ayant frappé la zone euro durant la décennie passée ont contraint l’institut d’émission à mobiliser intensément son bilan tandis que ses taux d’intérêt directeurs ont connu d’amples variations. Son compte de résultat en paie aujourd’hui le prix, affichant une perte historique de 7,7 milliards d’euros après reprise du fonds pour risques généraux à hauteur de 10,1 milliards d’euros. Alors que ce déficit devrait progressivement se résorber du fait de la normalisation de la politique monétaire, la Banque centrale hexagonale affirme avoir les reins particulièrement solides pour en supporter d’autres.
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France - Kevin Dietsch / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France - Kevin Dietsch / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

La Banque de France signe une année 2024 tristement record. Elle a enregistré une perte inédite de 7,7 milliards d’euros, ce après reprise du fonds pour risque généraux pour 10,1 milliards d’euros. "Dans l’avenir prévisible, un phénomène de cette ampleur ne se reproduira pas", a déclaré François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, à l’occasion d’une conférence de presse. La perte fait l’objet d’un report à nouveau qui sera "soldé par les bénéfices futurs", prévient la Banque de France.

Il faut se replonger dans les péripéties avec lesquelles fut aux prises l’économie européenne depuis une décennie pour appréhender la situation. Membre de l’Eurosystème, la Banque de France a participé au lancement des politiques monétaires non conventionnelles pour faire face à une menace de déflation au milieu des années 2010, retombée de la crise des dettes souveraines survenue plus tôt. Ces politiques ont consisté à placer le taux de la facilité de dépôt (un des trois taux directeurs) en territoire négatif, à acheter massivement des obligations publiques et privées (quantitative easing - QE) ainsi qu’à offrir des opérations de refinancement particulièrement attractives pour les banques (TLTRO).

En conséquence de quoi, la taille de son bilan a doublé entre 2015 et 2019 (1 142 milliards d’euros en 2019) et ses bénéfices annuels n’ont jamais été inférieurs à 2,2 milliards d’euros grâce aux intérêts liés à ses achats de titres et aux dépôts des banques auprès d’elles (facilité de dépôt à taux négatif). L’État en a d’ailleurs bien profité, ayant perçu, en cumulé, près de 32 milliards d’euros sous forme d’impôt sur les sociétés et de dividendes entre 2015 et 2022. Puis, la pandémie a conduit la Banque de France à accroître davantage son soutien à l’économie du fait d’un nouveau risque de déflation : le bilan a alors atteint à son pic plus de 2 000 milliards d’euros.

Vient alors l’envolée de l’inflation liée à la reprise post-pandémique et au choc énergétique. En réponse, le taux de la facilité de dépôt est passé de -0,5 à 4 % en l’espace de quatorze mois (entre juillet 2022 et septembre 2023). Ainsi, au passif, des coûts importants se sont substitués aux revenus qui découlaient des taux négatifs. En moyenne, le taux de la facilité de dépôt a atteint 3,73 % en 2024. En face, à l’actif, la Banque de France dispose entre autres de titres à des taux fixes faibles (parfois négatifs) de maturité longue issus des divers QE et dont le stock ne se renouvelle qu’à l’arrivée à maturité des obligations (elle a cessé l’ensemble de ses réinvestissements de ces actifs depuis janvier en raison de la normalisation de la politique monétaire).

Ainsi, ses revenus monétaires nets ont affiché un déficit de 15,3 milliards d’euros en 2024, après 14,9 milliards d’euros en 2023.

Compte tenu, en lien avec la désinflation, de la politique de contraction de son bilan (quantitative tightening) et de la baisse du taux d’intérêt de la facilité de dépôt (il se situe à 2,5 %), les pertes vont s’atténuer dès cette année. Bien qu’elles pourraient subsister dans un avenir proche, ces dernières ne mettent pas en péril l’intégrité financière de l’institution de la rue Croix-des-Petits-Champs et ne devraient pas nécessiter une recapitalisation de la part de son unique actionnaire : l’État.

"Après prise en compte de la perte de l’exercice 2024, sa situation nette – constituée des capitaux propres et des plus-values latentes sur les actifs détenus – s’établit à 202,7 milliards d’euros. Elle a progressé de 32,9 milliards d’euros sur un an, sous l’effet de la hausse en 2024 de la valeur des actifs en or et en devises", a justifié François Villeroy de Galhau.

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