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Allemagne : le desserrement du frein à l’endettement mettrait-il son triple A en danger ? / S&P Global Ratings attentif aux retombées

Alors que les futurs dirigeants de la première économie européenne ont trouvé un accord pour donner un coup de fouet aux dépenses publiques en faveur notamment de la défense, l’agence de notation américaine estime que l’adoption du projet n’entraînerait pas nécessairement une dégradation de sa solvabilité.
Friedrich Merz, candidat au poste de chancelier de l'Allemagne - RALF HIRSCHBERGER / AFP
Friedrich Merz, candidat au poste de chancelier de l'Allemagne - RALF HIRSCHBERGER / AFP

"Une déviation sensible". Voilà comment l’agence de notation S & P Global Ratings qualifie l’accord trouvé en Allemagne entre le Parti social-démocrate (SPD) et les conservateurs (CDU/CSU) sur la politique budgétaire en comparaison avec le précédent régime en vigueur.

Pour mémoire, d’une part, les dirigeants de la future coalition au pouvoir en Allemagne souhaitent mettre sur pied un fonds de 500 milliards d’euros à destination des infrastructures (50 milliards d’euros par an pendant dix ans).

D’autre part, ils plaident pour réviser le "frein à l’endettement". Mis en place dans la foulée de la crise financière mondiale en août 2009, ce dernier implique que chaque année, le déficit structurel (solde ajusté des effets de la conjoncture) de l’Allemagne ne doit pas dépasser 0,35 % du Produit intérieur brut (PIB) au niveau fédéral. Les Länder, eux, ne peuvent pas s’endetter. Le SPD et la CDU/CSU veulent permettre aux Länder de s’endetter à hauteur de 0,35 % du PIB au maximum et exclure du calcul du "frein à l’endettement" les dépenses de défense supérieures à 1 % du PIB.

"L’Allemagne dispose de marges de manœuvre budgétaires considérables", a rappelé S & P Global Ratings, expliquant que le déficit de l’ensemble des administrations publiques restait relativement faible tandis que le taux d’endettement était modéré et que les coûts de financement étaient bas par rapport aux normes mondiales. Le déficit public de la première économie européenne représentait 2,6 % du PIB en 2023 alors que son taux d’endettement s’affichait à 62,9 %, d’après Eurostat.

"La note de l’Allemagne [AAA, soit la meilleure possible, ndlr] reflète une économie riche et diversifiée, des institutions politiques prévisibles et matures, ainsi que le bilan extérieur le plus solide parmi les grandes économies mondiales", ajoute l’agence. Par conséquent, "un affaiblissement probable des indicateurs budgétaires et les effets potentiels du changement proposé dans la stratégie budgétaire ne seraient pas nécessairement négatifs pour la note souveraine du pays", anticipe la firme.

Dans le détail, S & P Global Ratings précise que l’impact sur la notation dépendra entre autres des retombées positives sur la croissance d’une telle politique, croissance qui a cruellement besoin d’un coup de pouce alors que l’Allemagne est, en termes réels, en quasi-stagnation depuis cinq ans. "L’économie du pays a pris du retard par rapport aux autres États du G7", souligne l’agence de notation.

Elle y voit l’impact de plusieurs facteurs structurels qui continueront de peser à moyen terme, citant "une démographie défavorable à court terme, un sous-investissement et des défis commerciaux liés à une volatilité géopolitique accrue ainsi [qu’une] montée du protectionnisme de la part de partenaires commerciaux clés". Aussi, l’incertitude demeure quant à la mesure dans laquelle des investissements publics supplémentaires, notamment dans les infrastructures, pourraient relever ces défis, indique S & P.

Par ailleurs, l’entreprise sera également attentive à l’ampleur des déficits publics qui découleront de ce changement de régime. "Nous estimons que l’impact des déficits budgétaires sur la dette nette de l’Allemagne pourrait varier entre une augmentation de 5 % et près de 30 % du PIB au cours des sept prochaines années, par rapport à notre scénario de base actuel", rapporte-t-elle.

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