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Dassault Aviation porté par la montée en puissance du Rafale / Eric Trappier réaffirme l'importance de la préférence européenne dans un secteur en effervescence

Dassault Aviation a fait forte impression avec des résultats 2024 bien supérieurs aux prévisions, portés notamment par des livraisons et des commandes soutenues pour son avion de combat Rafale. Le groupe emblématique du secteur français de la défense est directement concerné par la nouvelle dynamique du secteur en Europe, impulsée par les déclarations de Donald Trump incitant le Vieux Continent à renforcer sa propre défense. L’occasion pour Eric Trappier, son PDG, de réaffirmer la nécessité d’allouer en priorité les fonds européens aux industriels européens.
De gauche à droite, Loïk Segalen, directeur général délégué, et Eric Trappier, le président-directeur général de Dassault Aviation
De gauche à droite, Loïk Segalen, directeur général délégué, et Eric Trappier, le président-directeur général de Dassault Aviation

L’industrie de l’armement européenne est en pleine ébullition depuis le retour de Donald Trump au pouvoir. En prônant un désengagement progressif des États-Unis du Vieux Continent et en pressant ses alliés d’assumer une plus grande part de leur propre sécurité, le président américain a donné une impulsion majeure au secteur.

Une dynamique particulièrement visible en Bourse, où les valeurs de la défense se distinguent, d’autant que le changement de paradigme géopolitique coïncide avec la publication de résultats annuels très solides dans le secteur. En France, trois grands acteurs sont en première ligne. Exosens a donné le ton lundi avec des performances robustes, suivi mardi par Thales, qui a dévoilé des résultats exceptionnels. Restait Dassault Aviation, dont les comptes de l’année 2024 ont largement dépassé les attentes.

On sait depuis janvier que l’avionneur a livré 21 avions de combat Rafale en 2024, dont 14 pour l’armée de l’air française, dépassant son objectif de 20 appareils pour des commandes de 30 avions, toute à l’export. Des chiffres illustrant la montée en puissance des cadences après les 13 appareils livrés en 2023. Également présent dans le civil, le groupe a enregistré 31 livraisons du jet d’affaires Falcon, pour 26 commandes.

 

Une trésorerie gonflée par les contrats Rafale à l’export

 

Ce mercredi, Dassault Aviation a publié des résultats opérationnels bien au-delà des attentes. Les résultats sont "supérieurs à tous les niveaux", notent ainsi les analystes de JP Morgan. Le chiffre d’affaires a bondi à 6,2 milliards d’euros, contre 4,8 milliards l’année précédente. Le résultat opérationnel a également progressé de manière significative, atteignant 519 millions d’euros, contre 349 millions en 2023. Le résultat net a grimpé à 1,05 milliard d’euros, contre 886 millions l’an passé. La contribution de Thales (dont Dassault Aviation détient 26,59 % du capital) au résultat net a augmenté à 507 millions d’euros contre 453 millions d’euros en 2023.

Par ailleurs, la trésorerie disponible a atteint 8,4 milliards d’euros fin 2024, contre 7,3 milliards en 2023, l’augmentation étant principalement due aux acomptes des contrats Rafale à l’export.

La prévision donnée pour 2025 d’un chiffre d’affaires en hausse par rapport à celui de 2024, à environ 6,5 milliards d’euros, est jugée prudente. Elle est "inférieure à nos estimations et à celles du consensus, malgré les prévisions de livraisons de 40 Falcon et 25 Rafale, meilleures que prévu", notent les analystes d’Oddo BHF. Précision importante, elle exclut à ce stade tout impact de la mise en place potentielle de nouveaux droits de douane aux États-Unis et des contre-mesures européennes éventuelles.

 

Le Falcon partiellement exposé aux droits de douane

 

Fin février, Trump a déclaré qu’il imposerait bientôt des droits de douane de 25 % à l’Union européenne, affirmant que le bloc des 27 membres avait été "formé pour nuire aux États-Unis". Pour Dassault Aviation, le sujet concerne uniquement le Falcon, sachant que l’impact ne serait pas total, puisque si la conception et une partie de la fabrication des Falcon sont réalisées en France, une part significative de la production, notamment l’aménagement final et la personnalisation, est effectuée aux États-Unis.

L’usine de Little Rock, en Arkansas, l’une des plus grandes installations du groupe, est devenue progressivement l’unique centre d’aménagement pour tous les jets Falcon dans le monde. Ainsi, dans le scénario où les nouveaux tarifs douaniers de 25 % entreraient en vigueur, ils ne s’appliqueraient pas au prix total de l’avion mais seulement à la partie UE-France de leurs coûts de fabrication, tandis que le travail effectué dans l’usine de Little Rock dans l’Arkansas, aux États-Unis, serait déduit, a expliqué Eric Trappier, le président directeur général de Dassault Aviation, lors d’une conférence téléphonique dédiée aux résultats.

Dans le contexte actuel, Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, était évidemment très attendu sur les enjeux militaires et les implications pour son groupe du plan de 800 milliards d’euros de Bruxelles pour réarmer l’Europe.

Le président-directeur général de Dassault Aviation n’a pas dérogé à sa position maintes fois affirmée sur la nécessité d’allouer les fonds européens exclusivement aux industriels européens de la défense. "Nous en parlons depuis 30 ans. J’ai plaidé pour la préférence européenne dès l’an 2000, et ce mot ne pouvait même pas être prononcé à Bruxelles – il était banni", a déclaré Eric Trappier, soulignant l’importance cruciale de cette priorité.

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