WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Dassault Aviation

Entreprises / Actions
Dassault Aviation

Dassault Aviation en avance sur son plan de vol / Les Falcon redécollent, l’après-SCAF cherche sa voie

L’accélération des livraisons de Rafale et le rebond des Falcon ont permis à Dassault Aviation de nettement dépasser les attentes au premier semestre. Cette avance tient toutefois en partie au calendrier des contrats, ce qui conduit le groupe à maintenir ses objectifs annuels. L’avionneur veut désormais ouvrir rapidement une nouvelle voie pour le futur avion de combat après l’arrêt du SCAF.
Loïk Segalen, directeur général adjoint de Dassault Aviation, et Éric Trappier, son PDG, lors de la conférence de presse du groupe, le 22 juillet 2026.
Loïk Segalen, directeur général adjoint de Dassault Aviation, et Éric Trappier, son PDG, lors de la conférence de presse du groupe, le 22 juillet 2026.

Un chiffre d’affaires en hausse de 46 %, un résultat opérationnel qui bondit de 83 %, mais des objectifs annuels laissés strictement inchangés : les comptes semestriels publiés mercredi 22 juillet par Dassault Aviation font apparaître une performance très solide, mais qui s’annonce inégalement répartie sur l’ensemble de l’année. Sur les six premiers mois de 2026, l’avionneur a dégagé un chiffre d’affaires ajusté de 4,16 milliards d’euros. Cette progression tient d’abord à une accélération bien réelle des livraisons de Rafale, au nombre de 12, dont 10 à l’export contre 4 un an plus tôt, tandis que 13 Falcon ont également été remis aux clients. Mais elle a aussi été amplifiée par un effet de calendrier : Dassault Aviation a comptabilisé dès le premier semestre des revenus de développement et de support liés au franchissement de plusieurs jalons contractuels, alors qu’une partie de ces montants était attendue sur l’ensemble de l’exercice.

Cette hausse de l’activité s’est traduite par une amélioration encore plus marquée de la rentabilité. De la même façon, « la forte progression de l’EBIT au premier semestre reflète également d’importants effets de phasage », soulignent ainsi les analystes d’Oddo BHF. Le résultat net ajusté s’est, lui, établi à 496 millions d’euros, et aurait atteint 570 millions hors surtaxe d’impôt sur les sociétés. A ce propos, « il faut absolument que cette frénésie d’impôts diminue », a réagi Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, alors que ce prélèvement a amputé le bénéfice de 74 millions d’euros.


Une avance qui ne change pas les objectifs


La répartition très favorable de l’activité sur les six premiers mois vient donc éclairer le maintien des objectifs annuels malgré la vigueur de la publication. Dassault Aviation continue ainsi de viser un chiffre d’affaires de classe 8,5 milliards d’euros sur l’ensemble de 2026, ce qui implique un rythme de croissance sensiblement moins soutenu au second semestre. Mais l’atteinte des objectifs annuels ne fait aucun doute : le groupe maintient son ambition de livrer 40 Falcon et 28 Rafale cette année. « Nous sommes tout à fait confiants dans notre capacité à tenir cette feuille de route », a assuré Éric Trappier.


Le réveil des Falcon


Le rebond des Falcon constitue l’autre enseignement majeur du semestre. Avec 23 commandes contre 8 un an plus tôt, soit 1,85 milliard d’euros de prises de commandes, l’aviation d’affaires donne ses premiers signes tangibles de redressement. « Le marché est plus actif. D’ailleurs, assez paradoxalement, on a une poussée en Asie », a expliqué Éric Trappier, Dassault Aviation ayant vendu davantage d’appareils sur ce continent qu’en Europe au premier semestre. Cette performance constitue le troisième meilleur début d’année depuis dix ans et pourrait signaler un point d’inflexion de la demande, selon Deutsche Bank. Avec un ratio commandes sur livraisons de 1,8, le segment a surtout reconstitué son carnet, passé de 73 à 83 appareils en six mois. Le véritable test se situe désormais dans la capacité du groupe à transformer cette reprise commerciale en livraisons. Certains fournisseurs continuent de freiner la production, tandis que les cycles industriels se sont allongés depuis la crise sanitaire. « La situation de la supply chain reste néanmoins le principal point de blocage », souligne Oddo BHF. « Et si on livre 40 cette année, déjà on sera content », a reconnu Éric Trappier.


L’Inde au cœur des prochaines commandes


Le carnet de commandes demeure à un niveau exceptionnellement élevé, à 45,4 milliards d’euros fin juin, dont 208 Rafale et 83 Falcon. Son léger recul par rapport à la fin de 2025 s’explique simplement par un volume de livraisons supérieur à celui des nouvelles commandes enregistrées sur le semestre, sans remettre en cause la très forte visibilité dont bénéficie le groupe. La prochaine étape pourrait venir des grandes campagnes militaires en cours. L’Inde a ouvert une négociation de gré à gré portant sur 114 appareils, dont Éric Trappier espère la conclusion « avant la fin de l’année ». Le projet s’accompagnerait d’une implantation industrielle renforcée dans le pays, avec davantage de fournisseurs locaux, de l’assemblage final et une mise en vol réalisée sur place pour une grande partie des avions. La France et l’Ukraine ont par ailleurs signé une feuille de route prévoyant l’acquisition par Kiev de 16 Rafale, mais cette perspective reste moins avancée, le contrat devant encore être rédigé et son financement sécurisé. Dans l’intervalle, les contrats export déjà engrangés continuent d’alimenter la trésorerie du groupe : les acomptes reçus ont porté la trésorerie disponible à 10,1 milliards d’euros, tandis que le free cash flow semestriel a atteint 1,2 milliard.


La bataille de l’après-SCAF


Au-delà des comptes, c’est l’après-SCAF qui a dominé la conférence de presse. Éric Trappier a confirmé que la coopération avec Airbus sur le futur avion de combat appartenait désormais au passé, tout en prenant soin d’écarter toute lecture diplomatique de cet échec. « Ce n’est pas un problème entre la France et l’Allemagne, mais entre Dassault et Airbus », a-t-il insisté. Le désaccord était avant tout industriel : Dassault Aviation, pourtant appelé à être l’architecte de l’appareil, ne devait disposer que d’un tiers du programme, contre deux tiers pour Airbus, une répartition que son dirigeant jugeait incompatible avec ce rôle.

La priorité est désormais de relancer rapidement le projet sur de nouvelles bases. Dassault Aviation discute avec l’État d’un démonstrateur répondant d’abord aux besoins français, développé dans un cadre national ou avec de nouveaux partenaires, et susceptible de voler dès 2031 ou 2032. L’enjeu est autant de préparer les technologies du futur avion de combat que d’entretenir des compétences industrielles qui risqueraient de s’éroder faute de programme. Cette trajectoire ne doit pas être confondue avec celle du Rafale F5, attendu plus tôt et appelé à opérer aux côtés d’un drone de combat furtif. Le financement de ce standard, doté notamment d’un nouveau moteur, d’un nouveau radar et de capacités renforcées de combat collaboratif, explique en partie le décalage de vingt Rafale français de 2031 et 2032 vers 2033 et 2034. « Il y a un temps pour tergiverser, réfléchir et faire des études, et il y a un temps pour décider », a plaidé Éric Trappier. Selon lui, attendre de connaître avec certitude les besoins des prochaines décennies conduirait surtout à l’inaction : « La meilleure façon de ne jamais rien faire, c’est d’être sûr de rien. » Avec, à la clé, un risque stratégique clairement assumé par le dirigeant : « Si on ne fait rien, on subira les développements américains. »

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article