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Dassault Aviation étend sa stratégie industrielle en Inde / Deux accords structurants dans le civil et le militaire
C’est devenu un rituel bien établi au Salon du Bourget : les annonces majeures ne se limitent pas aux prises de commandes. Mais force est de constater que l’édition 2025 concentre un faisceau inédit d’enjeux géopolitiques, industriels et technologiques. C’est dans ce contexte que Dassault Aviation a officialisé un accord avec Reliance pour produire des Falcon 2000 en Inde. Un partenariat dans le civil, qui fait directement écho à celui annoncé quelques semaines plus tôt avec Tata dans le domaine militaire. Deux projets structurants, qui marquent un tournant dans la stratégie internationale du groupe. Et deux décisions industrielles qui font basculer l’Inde du statut de client à celui de co-producteur stratégique.
Falcon 2000 et Rafale "Made in India"
Longtemps prudente dans son internationalisation industrielle, Dassault Aviation franchit un cap. Pour la première fois, un avion de sa gamme Falcon sera assemblé hors de France. Le Falcon 2000 LXS, jet d’affaires de nouvelle génération, sera produit en Inde au sein de la coentreprise DRAL (Dassault Reliance Aerospace Limited), implantée à Nagpur. La montée en puissance du site est prévue d’ici à 2028, avec à la clé plusieurs centaines d’emplois locaux, des transferts technologiques significatifs, et l’ambition de faire de DRAL le premier centre d’excellence pour Falcon hors de l’Hexagone.
" Ce nouvel accord, qui permettra à terme la mise en place d’une chaîne d’assemblage final pour le Falcon 2000, illustre notre ferme volonté de répondre à nos engagements pris dans le cadre du Make in India ", a souligné Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation. Pour Reliance, ce partenariat reflète également une vision géopolitique : " Il contribuera à faire de l’Inde un acteur clé de la chaîne de valeur du secteur aéronautique mondial ", a affirmé Anil D. Ambani, président du groupe.
Deux semaines plus tôt, Dassault avait déjà annoncé un autre transfert industriel de poids : celui des fuselages complets du Rafale. Le site de Tata Advanced Systems à Hyderabad fabriquera l’ensemble des tronçons avant, centraux et arrière de l’avion de combat, à raison de deux unités par mois à partir de 2028. Il s’agit là encore d’une première dans l’histoire du Rafale, jusque-là produit exclusivement en France.
De simples offsets à un partenariat stratégique
Ces deux annonces ne relèvent pas du simple effet d’affichage. Elles traduisent une inflexion stratégique de fond : Dassault ne se contente plus d’engagements compensatoires, comme cela a pu être le cas dans le cadre des grands appels d’offres internationaux. Il s’agit désormais de transferts de compétences, d’investissements lourds et d’une véritable intégration industrielle. L’Inde devient un pilier structurant de la stratégie de production de l’avionneur français.
Pour Dassault, ces implantations répondent à plusieurs logiques. Elles visent d’abord à sécuriser et diversifier la chaîne d’approvisionnement mondiale, un enjeu crucial dans un contexte de tensions géopolitiques et de pressions sur les cadences. Elles permettent aussi de renforcer la compétitivité à l’export, notamment face au F-35 américain ou aux appareils de Gulfstream dans l’aviation d’affaires. Enfin, elles s’inscrivent dans les exigences strictes des autorités indiennes en matière de contenu local dans les contrats publics.
L’Inde, puissance aéronautique en devenir
Ces partenariats illustrent également la montée en puissance de l’industrie indienne. DRAL, créée dès 2017, a déjà produit plus de cent sous-sections majeures du Falcon 2000, mais le pas franchi avec l’assemblage complet d’un jet positionne désormais l’Inde parmi les cinq seuls pays au monde capables de fabriquer des avions d’affaires haut de gamme. Le même constat vaut pour le Rafale : l’assemblage de ses fuselages en dehors du territoire français marque un tournant pour ce symbole de la souveraineté industrielle nationale.
La stratégie " Make in India ", portée au plus haut niveau de l’État indien, trouve ainsi dans l’aéronautique une traduction concrète et visible. Le pays se positionne comme un hub régional, voire mondial, pour la production aéronautique civile et militaire.
Un tournant industriel assumé
Dans le domaine militaire, la question de la souveraineté reste centrale. Elle s’invite d’ailleurs dans les négociations en cours sur un nouveau contrat Rafale, l’Inde souhaitant obtenir un accès au code source de l’appareil - un élément stratégique que la France a toujours refusé de partager.
Pour autant, le mouvement est engagé : Dassault rebat progressivement ses cartes industrielles et amorce une recomposition en profondeur de sa base productive. Si la France demeure le cœur technologique et décisionnel du groupe, l’Inde pourrait, à terme, s’imposer comme une extension stratégique, susceptible d’absorber une part croissante de l’effort de production.
En creux, cette diversification géographique pourrait peut-être, un jour, offrir à Dassault des marges de manœuvre supplémentaires, dans un paysage européen parfois contraint. Nul ne conteste l’importance de construire une industrie de défense européenne. Pour autant, les difficultés du programme SCAF (Système de Combat Aérien du Futur), mené avec l’Allemagne et l’Espagne, illustrent les nombreux défis que pose une telle ambition.
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