WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux / Etats-Unis / mexique / canada / droits de douane

Macro-économie / Taux
Etats-Unis / mexique / canada / droits de douane

S’en prendre au Canada et au Mexique serait loin d’être indolore pour les États-Unis / Inflation et perte de PIB au menu

Des voisins qui sont aujourd’hui très largement sujets à des droits de douane moyens inférieurs à 1 %. Le Peterson Institute chiffre les conséquences d’une hausse à 25 % des droits de douane, tant pour l’économie américaine que celle mexicaine ou canadienne.
Drapeau américain et canadien. Photo by Geoff Robins / AFP
Drapeau américain et canadien. Photo by Geoff Robins / AFP

Un coup de semonce en Colombie, qui résonne comme le retour du bilatéralisme sur le devant de la scène. Malgré certains succès indéniables sur le plan diplomatique, s’engager dans un bras de fer pourrait bien être coûteux lorsqu’il s’agit de ses voisins. C’est l’avis de plusieurs membres du Peterson Institute, ces derniers considérant que "des tarifs de 25 % seraient donc un choc, tant pour les acheteurs industriels de biens intermédiaires que pour les ménages qui achètent chez Albertsons ou Walmart". Un avis qu’ils publiaient peu avant que le président américain Donald Trump n’annonce promulguer de tels droits de douane à destination du Mexique et du Canada ainsi qu’une hausse de ceux touchant les importations américaines de marchandises chinoises.

L’impact serait direct sur les niveaux des prix aux États-Unis avec une hausse de 0,8 %, les auteurs arguant arriver à ce résultat "étant donné que les importations américaines en provenance du Canada et du Mexique s’élèvent à 3,3 % du PIB américain en 2023" et que "l’impact indirect pourrait être la moitié de ce montant, car les entreprises américaines concurrentes augmenteraient leurs prix, ce qui porte l’impact total à peut-être 1,2 %". Le prix politique d’une telle mesure pourrait être non négligeable considèrent les auteurs, étant donné que ce "ne serait pas tant la petite augmentation du niveau moyen des prix américains que les pics de prix des biens reconnaissables, comme l’essence à la pompe dans certains endroits, certaines marques automobiles, les avocats et les tomates" qui seraient perçus négativement par les consommateurs.

 

Acculé

 

Il faut dire que ces importations frontalières sont très segmentées ; avec pour le volet industriel quelque 100 milliards de dollars par an réparti entre les machines, l’électronique, les machines électriques, les véhicules et les pièces, et le carburant. Là où pour celles liées aux biens de consommation on retrouve davantage des fruits et légumes, de la viande ou encore des jouets ou des chaussures. En l’absence de substitut à prix égal, il faudra dès lors pour les entreprises américaines se résoudre à augmenter leur prix ou arriver pour les exportateurs à réduire leurs marges. Une conséquence que n’a pas cherché à nier le président américain, puisque tout en affirmant qu’on serait à l’aube d’un nouvel âge d’or pour les États-Unis, il n’a pas fait de mystère en déclarant également : "est-ce que cela va faire souffrir ? Oui, peut-être. Et peut-être pas. Mais nous allons rendre sa grandeur à l’Amérique et cela vaudra le prix qu’il faudra payer".

Pourtant si l’addition peut paraître salée pour les consommateurs américains, elle pourrait être encore plus forte côté canadien ou mexicain. Les auteurs arguant que leur modèle "montre des pertes du PIB et des augmentations de l’inflation dans chaque pays à la suite d’un tarif de douane américain de 25 %". Les deux voisins du géant américain sont en effet davantage dépendants du commerce avec celui-ci, que ce dernier ne l’est. En ce qui concerne le Mexique il est ainsi argué que ses exportations "dont 80 % vont aux États-Unis, représentent 40 % du PIB du Mexique".

 

Empirer

 

Il n’est également pas à exclure que certains dommages soient sous estimés, notamment en ce qui concerne les biens intermédiaires. L’exemple des véhicules est proposé et montre qu’ils franchissent la frontière à plusieurs reprises et qu’imposer des droits de douane à chacune de ces occasions déstabiliserait ce pan de l’économie. Autre spécificité de l’économie mexicaine, au-delà des volumes d’exportations, il s’avère que celles-ci proviennent majoritairement de lieux de production proche de la frontière.

De quoi faire avancer aux auteurs "qu’anéantir les moyens de subsistance de ceux qui travaillent dans ces usines pourrait obliger certains d’entre eux à migrer vers les États-Unis, ce qui saperait les efforts des États-Unis pour arrêter les passages frontaliers". Les dirigeants des deux pays frontaliers aux États-Unis n’auraient quant à eux pas les moyens de procéder à des représailles de taille similaire au risque de s’exposer à un choc global immense pour leurs deux économies. La seule solution dès lors pour les autorités canadiennes et le président Sheinbaum est d’élaborer "des plans de représailles ciblées". Alors que le Canada déjà dégainé et que le Mexique pourrait bien le faire, voilà que Donald annonce ces dernières heures qu’il va "discuter avec le Premier ministre Trudeau demain matin, je vais également parler avec le Mexique demain matin, je ne m’attends à rien de grave. Nous avons mis des droits de douane car ils nous doivent beaucoup d’argent, je suis certain qu’ils paieront".

 

Déplacer

 

L’arsenal déployé par Donald Trump ne concerne pour l’heure que quelques pays, il n’a pas exclu cependant de s’en prendre à d’autres zones économiques. Les exemples historiques semblent entrer en conflit avec l’argumentaire qu’il déploie ces derniers jours puisque chez les membres de l’institut on rappelle "que même des barrières douanières très élevées ne peuvent pas réduire le déficit commercial global des États-Unis avec tous ses partenaires. La raison en est que les droits de douane qui discriminent certains partenaires (comme le Mexique, le Canada et la Chine) peuvent déplacer les importations en provenance de ces pays vers d’autres pays, laissant le déficit commercial global des États-Unis inchangé". Le déficit commercial américain, véritable marotte de Donald Trump, s’était ainsi déplacé ces dernières années, doublant avec le Canada passant d’une moyenne annuelle de 19,6 milliards de dollars au cours de la période 2014-2018 à 45,9 milliards de dollars au cours de la période 2019-2023. Un phénomène similaire s’est ainsi produit avec le Mexique sur les périodes considérées.

En contrepartie le déficit commercial bilatéral entre Washington et Pékin est aujourd’hui bien plus faible, à date de 2024, n’étant plus que de 294 milliards de dollars comparés à une somme de quelque 418 milliards de dollars en 2018. Donald Trump cherche aujourd’hui à empêcher notamment " que le Mexique ne devienne un canal d’intrusion chinoise sur le marché américain, à la fois en tant qu’exportateur de composants intermédiaires et par le biais d’investissements chinois au Mexique ". Reste à savoir quels gages il tâchera d’obtenir lors des négociations à venir, qu’ils soient d’ordre technique touchant à la production ou bien concernant des sujets moins économiques à proprement parler. Notamment en ce qui concerne le fentanyl ou encore l’immigration illégale.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article