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Macro-économie / Taux / Alexandre Hezez

Macro-économie / Taux
Alexandre Hezez

L'année 2025 vue par... Alexandre Hezez / Stratégiste du groupe Richelieu

WanSquare a demandé à des économistes et dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2025 après une année 2024 marquée notamment par des tensions géostratégiques toujours aussi prégnantes, le début de la normalisation monétaire, de fortes incertitudes politiques en France ou encore la prise de conscience collective du décrochage de l’Europe. Chaque jour, nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez et leurs attentes pour l’année qui vient. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Alexandre Hezez - DR
Alexandre Hezez - DR

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ?  

 

Au lieu de surpasser la moyenne de la zone euro, comme la France l'a fait en 2023 et 2024, nous prévoyons que la France sera largement en dessous de cette moyenne dans les deux prochaines années. Nous abaissons nos prévisions de croissance du PIB réel français à 0,5 % pour 2025. Les effets défavorables sur la confiance des entreprises viendront s’ajouter à ceux liés au ralentissement économique, à la faiblesse de la demande dans l’industrie et à la guerre commerciale qui se profile avec la Chine. Nous ne prévoyons pas que le désordre français déclenche une crise de confiance dans l'euro similaire à celle de 2010-2012. La France compte, et l’Europe a tiré les leçons du Brexit. Même Marine Le Pen ne veut plus quitter l'euro. Si nécessaire, la BCE pourrait intervenir pour prévenir tout risque de contagion à d'autres pays. Mais il faudrait que la situation soit extrême, ce qui n’est pas le cas. Elle le fera probablement avec de simples déclarations plutôt qu'avec des achats d'obligations ! Dans tous les cas, cela vient parfaire notre scénario de baisse des taux plus prononcée de la part de la BCE. Christine Lagarde a d’ailleurs évoqué devant le Parlement européen les risques qui pesaient sur les perspectives de croissance de la zone euro. Les cinq pays (Allemagne, Autriche, Estonie, Finlande et Irlande) qui sont en récession en 2024 devraient renouer avec la croissance en 2025. Nous nous attendons à une croissance en deçà des 1%. 

 

Faut-il s'attendre à une divergence marquée entre les politiques monétaires menées par la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine ? 

 

La divergence macro-économique se reflètera directement sur la divergence des politiques monétaires menées par la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine.  La première est confrontée à un risque économique croissant, une détérioration du marché de l’emploi et une désinflation conjoncturelle. La seconde est dans le camp opposé : une croissance économique solide, un marché de l’emploi solide qui risque d’être confronté à la baisse de l’immigration et une inflation qui pourrait se réenclencher du fait du programme du futur président. En bref : tout semble divergent….. 

 

L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer, Letta et du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir le Vieux continent de la tenaille USA-Chine ?  

 

Comme l’a dit Christine Lagarde : "Le décrochage de l'Europe est une réalité". En 2024, les rapports de Mario Draghi, Christian Noyer et Enrico Letta ont mis en lumière le décrochage économique de l'Europe face aux États-Unis et à la Chine, soulignant une "crise existentielle" pour l'Union européenne. Pour inverser cette tendance et sortir de la tenaille USA-Chine, plusieurs mesures d'urgence sont préconisées au niveau européen. L'Europe doit combler son retard technologique en investissant dans des secteurs clés tels que l'intelligence artificielle, les énergies renouvelables et les infrastructures numériques. Une "dérégulation" à l’européenne est nécessaire notamment par la simplification administrative et réglementaire. La complexité bureaucratique freine clairement l'innovation et l'investissement. L'Europe va devoir se mobiliser pour trouver des ressources financières (y compris via l'émission de dettes communes) pour soutenir les transitions verte et numérique. Il s'agit là d'un point essentiel pour moderniser l'économie européenne. Au vu des enjeux géopolitiques, l’Europe doit faire comprendre que la transition verte n’est pas seulement écologique mais géopolitique. Elle doit assurer son indépendance énergétique dans les années à venir. Les dernières années ont démontré que cette dépendance vis-à-vis de l'extérieur était sa faiblesse principale. 

 

Engluée dans une crise immobilière, l'économie chinoise est enferrée dans les difficultés depuis de nombreux trimestres, estimez-vous que le récent déploiement d’un nouvel ensemble de mesures budgétaires, monétaires et réglementaires sera de nature à les terrasser ? 

 

La Chine n’a plus le choix. Sur le commerce mondial, les effets des stratégies explicites de relocalisation devraient se faire sentir de manière disproportionnée dans le monde émergent. Les implications du changement radical dans le contexte américain comprennent des perspectives de croissance en détérioration, une réduction des flux de portefeuille et des politiques monétaires moins accommodantes. Le nouveau gouvernement américain visera tout particulièrement les pays dont l’excédent courant est important. Les mesures de relance économique commencent à montrer leurs effets, potentiellement accélérées par le contexte international, marqué par l’élection de Donald Trump. Le premier volet de ce plan vise à apaiser la crise de la dette locale, avec pour objectif d’améliorer la santé fiscale des gouvernements locaux. L’immobilier et le capital des banques pourraient constituer les prochaines étapes à surveiller. Pékin semble déterminé à maintenir un objectif de croissance ambitieux de 5 % pour 2025, bien que cette cible ne sera officiellement annoncée qu’en mars, lors de la session annuelle du Parlement chinois. Toutefois, pour atteindre ce niveau dès l’année prochaine, Pékin va probablement déployer un plan de relance significatif, axé sur la consommation des ménages et un soutien accru à l’investissement. C’est une première étape vers le retour à la confiance. On ne parle pas de les terrasser pour le moment, mais la Chine pourrait être sur le meilleur chemin possible. 

 

Quelle est la plus grosse menace pesant sur la stabilité financière mondiale pouvant se matérialiser en 2025 ?  

 

Elles sont nombreuses et diverses. Cependant, l’un des aspects économiques les plus marquants avec la réélection de Trump reste son impact potentiel sur l’inflation. La crainte d’une troisième vague inflationniste, à l’instar de ce que nous avons vécu dans les années 70, est un sujet de préoccupation majeur pour nombre de nos clients. Nous pensons que ce risque est bien réel mais largement surestimé pour le moment. Cependant, l’expérience a montré que si l’inflation devait repartir à nouveau, elle serait encore plus difficile à juguler. Un dérapage similaire cette fois-ci pourrait avoir des conséquences économiques et financières graves, ravivant les plus grandes craintes des années 70. 

 

En plus d’avoir failli à anticiper la dégradation sensible de ses finances publiques en 2023 et 2024, la France pourrait durablement évoluer dans une situation politique instable. Doit-elle redouter une crise de confiance sur les marchés obligataires à brève échéance ?  

 

La France est confrontée à une dégradation notable de ses finances publiques. Parallèlement, l'instabilité politique s'est accentuée, entraînant une augmentation de la prime de risque française. La persistance de l'incertitude politique pourrait éroder la confiance des investisseurs, entraînant une hausse des coûts relatifs d’emprunt pour l'État français. Nous ne pensons pas qu’il y ait une crise majeure, car l’Europe en général, et l’Allemagne en particulier, n’ont pas intérêt à aggraver une situation déjà suffisamment complexe. La BCE doit assurer la stabilité financière. Les agents économiques autres que l’État présentent une grande résilience : des entreprises de bonne qualité, des ménages avec une épargne conséquente et des banques bien gérées. Nous pensons que la sentence sera plus économique (croissance très faible et hausse du taux de chômage) que financière (crise sur les marchés). Cependant, encore une fois, l’histoire économique a démontré que ce qui était, à un moment, impensable, devient improbable, puis pensable, puis réalisable (taux négatif, bail out des dettes souveraines…). Une crise de confiance sur les marchés obligataires à court terme n'est donc pas à exclure si la situation politique ne se stabilise pas rapidement.  

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