Fintech
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Les investisseurs signent leur retour dans la fintech / Les spécialistes de l'assurance ont particulièrement tiré leur épingle de jeu
Pas de catastrophisme l’an passé, et une petite embellie en 2024. Dans son dernier rapport annuel, l’Observatoire de la Fintech fait état de financements repartis à la hausse chez les entreprises innovant dans les secteurs bancaire, assurantiel et financier. Effectivement, l’association experte du secteur pointait dans son baromètre précédent que le caractère exceptionnel des exercices 2021 et 2022 ne pouvait être exclu s’agissant d’analyser ces chiffres. Et cette année, les fonds levés se sont bien repris de 20 % par rapport à 2023, pour un montant d’1,3 milliard d’euros. Le tout pour un total de 92 opérations, contre 140 l’an passé.
"L’année a été sauvée par un mois de septembre dense en matière de levée de fonds, nous n’avions pas observé cela depuis février 2022. Le retour des investisseurs dans la fintech traduit surtout celui des internationaux", souligne auprès de WanSquare Mikaël Ptachek, le président de l’Observatoire de la Fintech. Ceci s’est notamment illustré dans les trois "méga-deals" (soit les opérations de plus de 100 millions d’euros) enregistrés dans le secteur cette année, contre un seul conclu l’an passé par le spécialiste de la cryptomonnaie Ledger : les levées de fonds d’Alan et d’Akur8 dans l’assurtech (pour des montants respectifs de 173 millions et 108 millions d’euros) et de Pigment dans la finance embarquée (134 millions d’euros). Elles ont toutes trois été menées par des investisseurs étrangers. "Il manque tout de même 50 opérations early stage dans le total", rappelle Mikaël Ptachek. "Cela peut représenter un élément d’inquiétude, car un maillon de la chaîne risque de venir à manquer si l’on ne supporte pas assez les premiers stades de l’innovation", poursuit le président de l’Observatoire de la Fintech.
Des raisons établies
En termes de répartition sectorielle et comme cela a pu se traduire dans les plus grandes opérations de l’année, les assurtechs ont pris la tête du peloton. Elles avaient pourtant rencontré un trou d’air en 2023 et la déconvenue de Luko par la suite, qui avait été repris par Allianz à la barre du Tribunal de Commerce, ne laissait pas forcément entendre que les investisseurs allaient de nouveau jeter leur dévolu sur le secteur. Mais cette année, les spécialistes de la tech assurantielle ont capté 440 millions d’euros des financements accordés à l’écosystème des fintechs, soit environ un tiers du total.
Elles incarnent d’une part les deux premières levées de fonds de 2024 et restent, d’autre part, bien représentées dans le reste du classement. Par exemple, l’on retrouve également au sein du "top 10" Neat, spécialiste de l’assurance embarquée "B2B2C", qui a levé 50 millions d’euros en septembre lors d’un tour de table de série A mené par le fonds londonien Hedosophia, rejoint par Mundi Ventures, ETFS Capital, Athletico Ventures et abondé également par ses investisseurs historiques. Une entreprise jeune de deux années et demie et pourtant déjà rentable. "Nous ne voulions pas que les levées de fonds deviennent notre modèle d’affaires, plutôt qu’elles nous servent à investir dans notre croissance. Et non pas à la financer", nous fait remarquer Fabien Cazes, co-fondateur de l’entreprise.
Dans le détail, la start-up permet à des marchands (parmi lesquels Alain Afflelou, Pierre et Vacances ou Decathlon travel) d’intégrer des produits d’assurance en marque blanche à son parcours clientèle. Ils couvrent entre autres l’assurance annulation, vol ou perte et sur une multitude de secteurs comme les cartes bancaires, le voyage ou bien la billetterie. L’entreprise se rémunère grâce à des commissions et n’impose pas de coûts d’intégration aux marchands. Le risque est de son côté porté par les assureurs partenaires. De quoi bien correspondre à certains critères qui ont fait la force des assurtechs cette année. "L’environnement réglementaire est relativement lourd dans l’assurance, les modèles sont de ce fait plus précautionneux", nous indique François Assada, associé KPMG France, responsable du marché Fintech. "À l’exception d’Alan, plus disruptif car agréé assureur mais qui donne notamment confiance aux investisseurs grâce aux grands contrats remportés récemment, ce sont les modèles affinitaires et B2B, ou B2B2C, qui ont le mieux fonctionné en 2024. Ils fournissent en effet des solutions à un marché fragmenté, composé de quelques grands acteurs et d’une multitude d’autres n’ayant pas la taille critique pour développer de nouvelles solutions en interne", ajoute François Assada.
Répartition plus judicieuse
"Ces modèles sont bien moins risqués en matière de chiffre d’affaires ou d’allocation des fonds, ils se rentabilisent plus rapidement. Les modèles B2C ont besoin de faire des dépenses importantes pour acquérir de la clientèle", pointe aussi l’associé KPMG. De fait, Fabien Cazes l’observe bien : le modèle de Neat, grâce auquel il distribue ses produits d’assurance "maisons" auprès des consommateurs, du fait d’une intégration de ces derniers par les marchands, lui permet de ne pas éparpiller ses fonds en campagnes de publicité ou en référencement dans les moteurs de recherche. "Dans ce genre de cas, les coûts d’acquisition de nouveaux clients peuvent atteindre jusqu’à 80 % des frais engagés", souligne l’entrepreneur. Et pourtant, au travers de ses distributeurs et aux côtés de ses partenaires assureurs et réassureurs, l’entreprise couvre plus d’un million de clients. Pour Neat, les fonds levés seront donc utilisés à des fins de développement (commercial et technologique, avec l’intelligence artificielle) et pour des fusions et acquisitions (M&A), afin de s’installer sur de nouvelles verticales ou bien pour s’internationaliser.
Une tendance de M&A qui a d’ailleurs toujours le vent en poupe chez les fintechs. "Nous sommes encore dans une année haute", atteste Mikaël Ptachek. Depuis 2022, les opérations de fusions-acquisitions répondent en effet à l’appel, à raison d’un rythme d’environ une par semaine. Les trois dernières années cumulent ainsi 73 % des opérations de M&A dans la fintech depuis 2015. Il reste aussi intéressant de noter qu’à rebours des schémas plus habituels, les grands corporates cherchant à diversifier leurs activités ou à les rendre plus innovantes sont loin d’être les seuls acquéreurs du secteur. Les fintechs rachètent en effet leurs pairs dans des proportions équivalentes, à l’instar de celui de Regate par Qonto, ou bien de celui de Shine par Ageras.
Des éléments à surveiller
Et malgré l’incertitude du climat économique et politique, ceci ne devrait pas être amené à faiblir l’an prochain. Alexandre Omaggio, associé chez Kramer Levin et cité dans l’étude de l’Observatoire de la Fintech, explique que le marché semble bel et bien être arrivé à un certain stade de maturité. La multiplication des défaillances des jeunes entreprises spécialistes du secteur, tout comme sa consolidation, indique bien que les fintechs les plus performantes ne font pas face à des aléas de trésorerie - soit du fait d’une rentabilité avérée, soit du fait d’importants capitaux levés.
Les corporates sont aussi de plus en plus attentifs aux nouvelles technologies, comme en témoigne le succès des fintechs collaboratives cette année. À une échelle plus globale, certaines évolutions réglementaires resteront aussi à surveiller. "Il sera intéressant, dans les mois à venir, de comparer les évolutions entre l’Europe et les Etats-Unis. De notre côté, un certain nombre de réglementations – Dora, MiCA, les premiers reporting de la CSRD – vont entrer en vigueur. Cet environnement réglementaire représente un lot de défis, mais aussi d’opportunités, dans la mesure où certaines fintechs ont bâti leur modèle sur les aides à apporter à d’autres sociétés pour y répondre. Aux États-Unis, à l’inverse, la tendance est plutôt à la déréglementation. Donald Trump est, de plus, un fervent supporter des cryptomonnaies, leurs cours ont explosé depuis son élection. Il n’est pas impossible que certaines fintechs puissent profiter de cette vague", prédit François Assada.
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