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Euronext introduit au prix de 20 euros

Malgré une demande soutenue, les promoteurs ont préféré jouer la prudence en proposant un prix en bas de fourchette. La Bourse paneuropéenne va maintenant devoir grossir dans le cash et les dérivés.
Dominique Cerutti
Dominique Cerutti

Si les professionnels de la finance se sont longtemps demandés quel accueil pourrait recevoir Euronext à l’occasion de son retour en Bourse, ils sont aujourd’hui renseignés : la demande pour les titres de cet opérateur boursier paneuropéen a été soutenue. L’opération se fera au prix de 20 euros, soit toutefois au bas de la fourchette envisagée par les promoteurs de l’IPO (19/25 euros). Un prix qu’ils ont voulu raisonnable pour permettre à l’action de connaître de bons débuts boursiers. Et qui valorise donc l’entreprise 1, 4 milliard d’euros, avec une première cotation prévue demain.

Reste maintenant le plus difficile : faire grossir cette Bourse redevenue exclusivement européenne sans se faire croquer par les concurrents. Et là, la partie n’est pas gagnée. Car même si la demande a permis de montrer un réel intérêt de la part des investisseurs, Euronext affiche une capitalisation boursière bien plus faible que celle de Deutsche Börse (10,8 milliards d’euros) ou celle de la place londonienne (6,5 milliards), sans parler de l’américaine Nasdaq OMX qui vaut 6,5 milliards de dollars. Trois compétiteurs susceptibles de regarder cette plateforme boursière avec les yeux de Chimène, ce qu’ils ont d’ailleurs déjà fait par le passé avant que divers aléas financiaro-politiques ne les en dissuadent.

En revenant en Bourse sous cette nouvelle structure, Euronext est certes dotée d’un noyau dur (comme les aimait Balladur du temps des privatisations), assez dissuasif vis-à-vis de tout raider. Avec 33% plus 2 à 3% entre les mains d’entreprises « amies », une OPA inamicale est effectivement exclue. Mais pas les partenariats ni les alliances entre les autres concurrents. Et c’est sans doute ce qui pourrait arriver de pire à Euronext. Isolée, la plateforme ne résisterait pas longtemps à l’heure de la globalisation des échanges et des flux financiers.

Et c’est là où Dominique Cerutti, à la tête de l’entreprise de marché, devra démontrer tous ses talents de fin stratège. Euronext doit aujourd’hui grossir dans les activités de cash à l’heure de la reprise des indices mondiaux. Mais aussi et surtout dans celles des produits dérivés, le principal challenge du moment. Branche sur laquelle s’est solidement accrochée la Bourse allemande et qui lui donne une longueur d’avance par rapport à tous ses petits camarades, y compris britanniques. C’était bien la raison pour laquelle Nyse Euronext (encore dotée du Liffe) et Deutsche Börse voulaient tant se marier : élaborer un géant mondial des dérivés. Ambitions que Bruxelles a pourtant réduites à zéro en y apposant son veto. Privée du Liffe, Euronext va maintenant devoir reconstruire une puissance de feu dans ce domaine. Et vite. Car la concurrence fait déjà rage et l’on sait que plus le temps passe, plus il rogne sur les marges des intervenants. En outre, Euronext va devoir se battre pour retrouver auprès des investisseurs un élément essentiel : la confiance. Avantage dont profite aujourd’hui à plein la place londonienne, dotée d’un bassin d’investisseurs bien plus puissant que celui de la Bourse paneuropéenne. Ya plus qu’à.


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