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L'Arabie Saoudite se prépare à sa première émission souveraine
C'est une première dans l'histoire de l'un des plus puissants Etats du Golfe persique : l'Arabie Saoudite devrait tester les marchés d'ici à la fin de la semaine, lors d'une émission à 5, 10 et 30 ans, afin de financier une partie de son déficit. L'effondrement des prix du pétrole (le baril s'échangeait à 108 dollars en juin 2008 contre 51 dollars aujourd'hui) a en effet entraîné une chute des rentrées budgétaires du Royaume, dont le déficit a par conséquent gonflé : il devrait atteindre 87 milliards de dollars cette année, et 900 milliards d'ici à 2020 selon les estimations du FMI.
Pour bien préparer l'opération, l'Arabie Saoudite a commencé une série de roadshow en milieu de semaine dernière à Londres, Boston et New-York, afin de convaincre un maximum d'investisseurs de se rendre à l'adjudication. Selon des banquiers cités par le quotidien Gulf News et ayant assisté aux roadshows, le Royaume a tenté de se présenter comme un pays du G20 et non comme un Etat émergent, mettant en valeur la taille de son économie, une dette extérieure encore assez faible, et d'importantes réformes en cours afin de diversifier son économie jusqu'alors principalement centrée sur la manne pétrolière. Le but étant bien sûr in fine de justifier des prix plus élevés au moment de l'émission et d'attirer un maximum d'investisseurs. Le succès et le juste pricing de cette émission sont capitaux pour le royaume, puisqu'elle constituera le principal benchmark pour les autres futures levées du Royaume. Par ailleurs, plusieurs entreprises publiques d'Arabie Saoudite sont dans les starting blocks pour émettre des titres sur les marchés étrangers, et comptent sur celle du Royaume pour leur donner une première idée de l'appétit des investisseurs.
A titre de comparaison, le Qatar était parvenu à émettre pour 9 milliards de dollars de titres à dix ans en mai à un rendement de 150 points supérieur à celui des Treasuries à l'époque, lui permettant d'obtenir une forte demande et de lever plus que prévu. De même Abu Dhabi a-t-il émis pour 5 milliards à un taux de 125 points supérieur à celui des obligations américaines. L'Arabie Saoudite est moins bien notée que le Qatar et devrait donc a priori payer un rendement supérieur à celui offert par les Qataris. A moins justement qu'elle ne décide de limiter le montant levé pour faire monter les prix. Citigroup, HSBC et JPMorgan seront en charge de l’opération et devraient in fine décider du juste niveau de rendement. Seront également associées Bank of China, BNP Paribas, Deutsche Bank, Goldman Sachs, Morgan Stanley, MUFG et NCB Capital.
La question centrale pour les investisseurs qui se rendront à l'émission sera bien sûr de savoir si le Royaume a pris suffisamment de mesures pour affronter le nouvel environnement de faiblesse des prix sur le marché du pétrole. Car même si les pays de l'OPEP ont annoncé qu'ils s'entendraient sur le rétablissement d'un plafond de leur production fin novembre, lors d'une rencontre à Alger, les prix ne devraient plus remonter à leurs niveaux de 2014 : les analystes prévoient un baril aux alentours de 60 dollars l'an prochain, même si un accord est conclu fin novembre. La remontée du baril autour de 55 dollars devrait en effet relancer la production de schiste américain et ainsi limiter la hausse du baril. Selon des investisseurs présents au roadshow de Londres, le royaume s'est d'ailleurs bien gardé de se prononcer sur le niveau du baril l'an prochain, tout en précisant dans son prospectus de présentation que la baisse des cours représentait effectivement un défi pour l'Arabie Saoudite.
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