Taux - Dette Souveraine / Agence de notation / Fitch / Dette
Taux - Dette Souveraine
Agence de notation / Fitch / Dette
Dette souveraine : record de dégradations l'an dernier mais…
Les dégradations de notes souveraines l'an dernier ont fait moins de bruit et ont eu moins de répercussions sur les marchés que lors de la grande crise financière de 2008. Pourtant, jamais autant de pays n'auront vu leur notation abaissée, selon une note publiée par Fitch hier soir. Ainsi, l'agence a dégradé la note de 33 États l'an dernier, un record historique, mais qui reste loin de ce que le modèle de risque interne (Sovereign Rating Model, ou SRM) de Fitch laissait entrevoir. Parmi les États déchus figurent de nombreux pays du continent africain et d'Amérique du Sud (Angola, Gabon, Afrique du Sud, Équateur, Argentine, Bolivie…) mais aussi quelques pays occidentaux. Le Canada a ainsi vu sa note abaissée d'un cran, à AA + en juin 2020, de même que le Royaume-Uni, à AA-, au début de l'épidémie, en mars 2020. L'Italie a également vu sa note dégradée à BBB-, soit un cran au-dessus de la catégorie dite "spéculative". Malgré tout, "il y a eu moins de dégradations en 2020 que lorsque de pareilles hausses des déficits publics se produisent les années 'normales'", explique l'agence. Ainsi, selon le SRM de Fitch, 91 pays auraient ainsi dû connaître une baisse de leur notation l'an dernier. Comment expliquer ce décalage ?
Tout d'abord, l'agence s'attend à ce qu'une grande partie des mesures de soutien instaurées par les États et ayant entraîné une dégradation de leurs finances publiques, soit progressivement levée, dans un contexte de croissance forte cette année. Attention, prévient toutefois l'agence : les effets de la crise sanitaire seront durables sur l'économie mondiale, et si les finances des États devraient s'améliorer cette année, la reprise économique ne devrait permettre de renverser que 20 % de la détérioration des comptes publics ayant eu lieu en 2020. Autre élément ayant expliqué le moins grand nombre de dégradations que ne prévoyait le SRM: le fait que tous les États ont connu le même sort, de façon synchronisée et indépendamment de leur volonté. "Si un pays est la victime innocente d'un choc exogène affectant un large groupe d'États, les performances relatives des États et leurs perspectives de notation à moyen terme sont souvent moins claires (ndlr. que lorsqu'un seul État voit ses finances publiques dégradées du fait de mauvais choix politiques)", explique l'agence. Qui a donc dû se fonder sur les critères qualitatifs de son modèle de risque pour procéder à ses évaluations l'an dernier, vu la particularité de cette crise sanitaire. Enfin, selon Fitch, la variable "volatilité du PIB", qui fait partie des critères du SRM destinée à prendre en compte la capacité de résistance d'un État en cas de choc ne s'est pas révélée pertinente l'an dernier pour évaluer la notation de crédit des États, du fait de l'aspect exogène et synchronisé de la crise.
Faut-il pour autant considérer que les agences de notation ont été particulièrement clémentes l'an dernier compte tenu du contexte exceptionnel et de l'aspect temporaire des mesures de relance ? Point du tout. Fitch a d'ailleurs rappelé que 44 pays étaient sous perspective négative, contre 17 début 2020 et que les États qui ne parviendraient pas à mettre en place une trajectoire de consolidation de leurs finances publiques à moyen terme connaîtraient une dégradation de leur notation. "Alors que l'économie mondiale va se remettre progressivement de la crise, des différences vont émerger entre les États en termes de finances publiques et de performances de croissance", souligne l'agence.
À ce titre, la France, dont la perspective a été dégradée de stable à négative en mai dernier, ferait bien de prêter l'oreille à cet avertissement de Fitch. D'autant que l'agence avait alors expliqué, pour justifier sa décision : "la dégradation des finances publiques de la France, liée à l'épidémie, se produit dans un contexte d'un niveau d'endettement déjà élevé, de progrès limités depuis la crise financière de 2008 et d'une croissance économique modérée"… Comme l'expliquaient les auteurs de la Commission Jean Arthuis la semaine dernière, le dérapage des finances publiques de l'Hexagone était déjà préoccupant avant l'arrivée de l'épidémie et la France est entrée dans la crise avec une position nettement plus défavorable que la plupart de ses partenaires européens. Les agences de notation ne seront donc pas aussi tolérantes que l'an dernier lorsque l'épidémie sera terminée et la reprise bien amorcée.
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