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Brexit : Theresa May met le feu aux poudres sur l'immigration
La premier ministre britannique n'a décidément pas le sens de la diplomatie ! Un document officiel sur l'immigration dévoilé hier par The Guardian risque d'envenimer les relations avec Bruxelles. Et ce, juste au moment où Theresa May souhaitait justement intensifier le calendrier des rencontres sur le Brexit d'ici à octobre, pour faire valider à temps les questions prioritaires par les Etats de l'UE.
Selon ce document confidentiel de 82 pages, Londres envisagerait de renforcer le contrôle de l'immigration dès 2019, et mettre fin à la liberté de circulation à partir de cette date. Ainsi, les travailleurs qui arriveraient après mars 2019 devront s'enregistrer pour rester sur le territoire et seront soumis à des règles beaucoup plus strictes pour faire venir leurs familles. Et ils ne pourront rester en Grande-Bretagne qu'en fonction de leur degré de qualification. Selon le document, les moins diplômés ne pourront rester plus de deux ans sur le sol britannique, et pas plus de cinq ans pour les plus qualifiés. Si ce rapport n'est pas une version finale de ce que souhaite présenter le gouvernement devant le Parlement, l'esprit devrait rester le même : la premier ministre a d'ailleurs tout à fait assumé ce document après qu'il ait fuité dans la presse britannique. "Nous avons des raisons de vouloir mieux contrôler l'immigration. Car celle-ci peut avoir un impact direct sur les citoyens, sur leur accès aux services, aux infrastructures, et plus particulièrement sur ceux en bas de l'échelle des salaires", a t-elle déclaré hier devant les législateurs du pays. Selon la premier ministre, l'immigration des travailleurs les moins qualifiés a ainsi pesé sur les bas salaires britanniques et nécessite donc un meilleur contrôle. Une prise de position peu étonnante de la part de Theresa May qui, lorsqu'elle était ministre de l'intérieur sous David Cameron, avait tenté de limiter les entrées de travailleurs sur le territoire britannique à 100.000 personnes par an.
Le Maire de Londres Sadiq Khan n'a pas tardé à réagir et affirmé sur twitter que ce document était une "ébauche de comment le gouvernement comptait étouffer l'économie britannique". De même la confédération de l'industrie britannique, l'équivalent du Medef français, a affirmé qu'une approche plus ouverte avec les partenaires commerciaux européens les plus importants était cruciale pour la santé des entreprises britanniques : le pays souffre en effet d'une pénurie de main d'oeuvre, notamment dans les emplois les moins qualifiés, alors que le chômage est au plus bas depuis 40 ans. Hier, les chefs des principales entreprises britanniques ont d'ailleurs refusé de signer une lettre envoyée par Downing Street, les sommant de soutenir la position du gouvernement sur le Brexit.
Plusieurs ministres se sont également désolidarisés du texte dévoilé hier soir, dont la ministre de l'intérieur Amber Rudd et le premier secrétaire d'Etat Damian Green. Tous deux auraient émis des réserves selon des sources citées par The Telegraph, la première ayant même affirmé qu'elle souhaitait au contraire faciliter le processus d'embauche pour les entreprises britanniques. Damian Green, l'un des conseillers les plus proches de Theresa May, a quant à lui affirmé que la premier ministre pourrait faire marche arrière sur le sujet, pour éviter d'envenimer les négociations avec Bruxelles.
Mais le mal est déjà fait puisque, selon les journaux anglais, le document sur l'immigration a été qualifié de "toxique" par des responsables bruxellois, tandis que Michel Barnier aurait affirmé que la Grande-Bretagne n'obtiendrait jamais de période de transition, dans de telles conditions. La premier ministre britannique souhaitait effectivement une période "tampon" de deux ans au moins après mars 2019, durant laquelle les Britanniques continueraient d'avoir librement accès au marché européen, afin de permettre aux entreprises du pays de se préparer en douceur à la sortie. Mais, il est peu probable que la Grande-Bretagne obtienne ces avantages, si elle décide de son côté de stopper la libre circulation des personnes. L'ex directeur de cabinet de Theresa May, Nick Timothy a en tout cas affirmé que la premier ministre devrait se préparer à n'obtenir aucun accord, alors que l'Allemagne et la France chercheront à punir le pays d'avoir entamé les négociations dans de telles circonstances.
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