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Total sort du lot
Moins spectaculaire que la suspension du dividende annoncée par Airbus ce matin, Total a néanmoins pris une série de mesures pour s'adapter à l'effondrement du prix du pétrole depuis un mois - une chute autant liée à l'explosion du consensus entre la Russie et les membres de l'Opep (Arabie Saoudite en tête) le 6 mars qu'à la conséquence directe de la pandémie du coronavirus.
La compagnie pétrolière française a annoncé une série de mesures de baisses de dépenses et de réduction de consommation de cash. Elle a décidé de réduire de 20% ses investissements, soit plus de trois milliards de dollars, "de façon à ce que les investissements nets 2020 soient inférieurs à 15 milliards de dollars". "Ces économies portent pour l'essentiel sur les capex flexibles à cycle court [comme en Angola], qui peuvent être arbitrés contractuellement avec un délai très court", précise-t-elle. Le groupe a en outre porté son objectif d'économies opérationnelles pour 2020 (publié en février dernier) de 300 à 800 millions de dollars par rapport à 2019 (notamment en ne remplaçant pas tous les départs et en gelant les recrutements hormis dans les relais de croissance).
Concernant son bilan, Total a suspendu son programme de rachat d'actions de deux milliards de dollars prévu cette année (dont 550 millions ont déjà été réalisés). Celui-ci avait été décidé dans un environnement de prix du baril à 60 dollars, rappelle la compagnie. Qui n'a évidemment plus court aujourd'hui.
La division par deux du prix du baril a laissé un trou de 9 milliards de dollars dans la trésorerie, que ces mesures doivent contribuer à combler.
Un point mort de trésorerie sous les 25 dollars/baril
L'objectif de Total est d'ajuster son modèle économique à un environnement à 30 dollars le baril, comme c'est le cas actuellement. Le groupe affirme que grâce à ces mesures, il est en mesure d'y parvenir étant donné qu'il a fondé sa stratégie sur deux "piliers" : "le point mort organique inférieur à 25 dollars le baril (avant dividende) et le faible niveau d'endettement". C'est pourquoi il s'affirme plus solide que lors de la crise pétrolière de 2015/16 : son taux d'endettement (gearing) atteignait 16,7% fin 2019 (contre plus de 30% fin 2014), son point mort de trésorerie se situe désormais sous les 25 dollars le baril (contre plus de 100 dollars cinq ans plus tôt) et ses dépenses d'investissements opérationnels ont été ramenées à 13,4 milliards de dollars en 2019 (contre 26,4 milliards en 2014).
Les investisseurs ont très positivement réagi aux annonces de Total. Dans un marché en baisse aujourd'hui, l'action de la compagnie pétrolière bondissait de 8% en milieu d'après-midi, à 27 euros - sachant qu'elle a reculé de 42% en un mois. Dans le même temps, son concurrent anglo-néerlandais Royal Dutch Shell a lui annoncé qu'il allait réduire de 20%, ou 5 milliards de dollars, son plan d'investissements pour 2020 et va réduire ses coûts opérationnels de 3 à 4 milliards au cours des 12 prochains mois. Il a également suspendu son programme de rachat d'actions de 25 milliards de dollars. Son titre progressait de 1,5% vers 16h30, contre 5,2% pour Total au même moment.
Le groupe français semble bénéficier d'un arbitrage dans le secteur. Dans le cadre d'une étude publiée la semaine dernière, le courtier Oddo-BHF explique que Total est la seule valeur sur laquelle il est à l'achat, étant donné que le groupe "a le gearing le plus faible et pourrait mieux résister avec un rendement de dividende et une valorisation très attractive". Alors que la chute du pétrole élimine les producteurs affichant les coûts les plus élevés (notamment dans le pétrole de schiste aux Etats-Unis et au Canada), Total devrait donc tirer les marrons du feu.
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