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Politique européenne / Brexit / Michel Barnier

Politique européenne
Brexit / Michel Barnier

Et le Brexit dans tout ça ?

La Grande-Bretagne n'a plus tellement le choix : vu le chaos généré par la pandémie, qui a totalement interrompu les négociations sur le Brexit, elle devra demander un délai supplémentaire à l'UE. Ou sortir sans accord fin décembre.
Jeremy Corbyn et Michel Barnier
Jeremy Corbyn et Michel Barnier

Le Premier ministre Boris Johnson pourrait-il retourner sa veste concernant les négociations commerciales sur le Brexit, de même qu'il vient de le faire dans la gestion de l'épidémie de Covid-19 ? Le chef de l'exécutif britannique a radicalement changé de stratégie en une semaine pour contenir la pandémie dans son pays, où 3.269 personnes ont été testées positives au virus, qui a par ailleurs fait 4 morts depuis le début.

Le tempétueux Premier ministre britannique claironnait il y a encore une semaine que son pays ne se confinerait pas, et que seules les personnes à risque resteraient chez elles, défendant la stratégie de "l'immunité collective". Stratégie consistant à laisser le virus se répandre et les personnes développer leurs propres anticorps, ce qui selon Boris Johnson aurait permis d'étaler le nombre de cas et de préparer la NHS à affronter une telle épidémie. Depuis lors, le Premier ministre a changé de cap, les écoles du pays sont fermées et Londres se prépare au confinement, tandis que l'armée a été réquisitionnée pour aider à contenir la pandémie.

C'est notamment l'évolution du virus en Espagne et en France qui a convaincu le Premier ministre de mettre sa théorie de la "mitigation" au placard, ainsi que la publication d'un rapport alarmiste de l'Imperial College. Selon ce document, avec le doublement actuel des cas tous les cinq jours, 81% des Britanniques auraient été infectés d'ici quatre mois, avec 260.000 morts à la clé. Les services d'urgence seraient débordés dès la mi-avril, sauf à une multiplication par… 8 de leurs capacités.

Boris Johnson est donc capable de renoncer à ses idées, lorsqu'elles ne tiennent plus le choc face à la réalité. Fera-t-il de même concernant les négociations sur le Brexit ? Rappelons que le pays peut demander un délai supplémentaire pour poursuivre les négociations commerciales avec l'UE, mais n'a que jusqu'au 1er juillet pour le faire. Or Boris Johnson refuse depuis le début de repousser la date de sortie de son pays, et déclaré à plusieurs reprises qu'il préférait encore que son pays sorte sans aucun accord du tout le 31 décembre 2020.

Sauf que ces déclarations datent d'avant l'épidémie. Depuis lors, Michel Barnier, le négociateur en chef du Brexit, a annoncé qu'il avait contracté le Covid-19, ce qui ne devrait pas arranger l'avancée des négociations. Le deuxième cycle de négociations entre Bruxelles et Londres, qui devait se tenir physiquement mercredi dans la capitale britannique, a été annulé en raison de la pandémie. "Nous estimons qu'il existe des moyens de faire en sorte que, même dans les circonstances actuelles, les négociations puissent se poursuivre", a cependant estimé jeudi Eric Mamer, le porte-parole de la Commission.

Ainsi, l'UE a rendu public cette semaine un texte de 441 pages détaillant ce qu'elle imagine pouvoir être le nouvel accord commercial avec le Royaume-Uni, tandis que Londres a envoyé mercredi son propre texte à l'UE, qui n'a pas été rendu public mais devrait être moins ambitieux que ce qu'espèrent les Européens. "Le présent accord établit un partenariat global entre les parties.
Ce partenariat a pour but de maintenir, entre l'Union et le Royaume-Uni, une zone de prospérité et de bon voisinage, fondée sur des valeurs communes et caractérisée par des relations pacifiques fondées sur la coopération",
peut-on lire en préambule du document dévoilé par Bruxelles. Ce long document insiste surtout sur la continuité du droit entre les deux régions, et notamment dans le secteur des services financiers, enjeu crucial des négociations puisqu'il représente environ 7% de la valeur ajoutée du pays. "Les parties s'efforceront de faire en sorte que les normes convenues au niveau international dans le secteur des services financiers pour la réglementation et la surveillance, pour la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme et la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales, soient mises en œuvre et appliqués sur leur territoire", peut-on ainsi lire dans le document. Rappelons que l'UE a annoncé début février qu'elle était prête à garantir un accord commercial ambitieux à la Grande-Bretagne, qui éliminerait notamment tous les droits de douanes et tous les quotas sur les biens échangés avec le continent. Mais à condition que les britanniques respectent un certain nombre de règles de l'UE et ne pratiquent pas la concurrence déloyale.

Pour l'instant, Londres n'a donc pas encore rendu publique sa propre version de ce qu'il attend des négociations. Mais le porte-parole de Downing Street a fait savoir que son pays était déterminé à poursuivre les négociations, malgré la pandémie. La présidente de la Commission Ursula Van der Leyen, elle, a de nouveau tendu une perche au Royaume-Uni ce matin, lors d'une interview à la radio allemande : "nous sommes ouverts à toute prolongation des négociations sur le Brexit". Boris Johnson n'a pas encore répondu…

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