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Le trading à haute fréquence, une plaie à 5 milliards de dollars
De nouvelles voix s’élèvent contre le trading à haute fréquence. Cette fois, il s’agit d’une étude sortie par la Financial Conduct Authority (FCA), dans laquelle le gendarme boursier britannique s’emploie à chiffrer le coût de la rapidité d’exécution des traders à haute fréquence pour le reste des acteurs de marché. Après avoir analysé des opérations de marché britannique, la FCA en conclut que leur méthode appelée "arbitrage de latence" revient à imposer une taxe supplémentaire de 0,0042 % sur les transactions, soit un coût total de 4,8 milliards de dollars sur les marchés du monde entier, et 2,8 milliards juste aux Etats-Unis.
Mais qu’est-ce que l’"arbitrage de latence" ? Les traders à haute fréquence paient des sommes colossales pour avoir leurs serveurs au plus près des places boursières, afin d’acheter ou vendre à très grande vitesse. Ce faisant, ils ont accès à des ordres juste avant les autres acteurs de marché, et peuvent devancer ces investisseurs en obtenant un meilleur prix, au détriment des moins rapides. Ces courses sont ultra-rapides, 79 millionièmes de seconde en moyenne, selon la FCA, et seuls les acteurs les plus sophistiqués et mieux équipés techniquement en sortent gagnants. Les gains sont très faibles, mais les volumes immenses : 20% du trading est issu de ces fameux arbitrages de latence, selon la FCA. Les traders à haute fréquence peuvent arbitrer sur des informations avec un temps d’avance, et portent atteinte à la liquidité selon la FCA, selon laquelle le coût de trading baisserait de 17% si on supprimait ces courses de vitesse.
La FCA appelle les autres places de marché à faire les mêmes recherches pour évaluer le coût de ces techniques du trading à haute fréquence. Et en filigrane, appelle à mieux encadrer ces pratiques au bénéfice des investisseurs, même si les gains sont trop faibles pour affecter les particuliers selon elle. Une réponse vient des "ralentisseurs" mis en place par certaines places boursières : IEX a été la première grosse place de marché, avec 4,8 milliards de dollars d’échanges quotidiens, à le faire en 2013, suivi par Eurex sur les marchés à terme en 2017 et le Nasdaq en 2018. Le London Metal Exchange, le Cboe EDGA et ICE Futures ont aussi prévu de les lancer en 2020 en imposant un temps de quelques millisecondes avant d’exécuter un ordre. Mais Euronext, qui avait écopé d’une amende de 5 millions d’euros aux côtés du trader à haute fréquence Virtu fin 2015, n’a pas encore pris de décision sur une réglementation.
Aux États-Unis, le sujet est défendu par Bernie Sanders et Elizabeth Warren, les deux candidats à la présidentielle américaine qui veulent imposer une taxe sur les transactions financières pour réduire le poids du trading à haute fréquence. L’administration Trump a elle aussi décidé de ne plus autoriser les journalistes à accéder aux chiffres de l’emploi en avance, ce qui donnait un avantage de quelques secondes à ces traders lors de l’envoi de leurs articles. Une décision qui semble plutôt destinée à gêner les terminaux Bloomberg, propriété du candidat Michael Bloomberg à la présidentielle.
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