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Euronext / Stéphane Boujnah
Euronext-Deutsche Börse, le serpent de mer refait surface / Stéphane Boujnah relance l’idée au nom de la profondeur et de la compétitivité des marchés européens
« Un deal qui aurait du sens, c'est la fusion des activités de Bourse. » À la tête d'Euronext depuis 2015, Stéphane Boujnah vient de rouvrir, dans un entretien au Financial Times, l'un des plus vieux dossiers de consolidation des marchés financiers européens : celui d'un rapprochement avec Deutsche Börse. Un scénario théorique à ce stade, aucune discussion n'étant engagée entre eux, ce que l'opérateur allemand a également confirmé.
Le dossier vient de loin. En 2006, Deutsche Börse avait tenté de prendre le contrôle d'Euronext, mais celui-ci lui avait préféré le New York Stock Exchange. Six ans plus tard, les deux groupes étaient parvenus à un accord de fusion, avant que la Commission européenne ne l'interdise pour cause de position quasi monopolistique sur certains segments des dérivés européens. Le sujet n'a jamais totalement disparu. En 2023, ils avaient encore discuté de la création d'une coentreprise destinée à attirer davantage de cotations européennes et à mieux concurrencer les places américaines.
Sortir de la fragmentation
Cette fois, Stéphane Boujnah replace l'idée d'un rapprochement dans un enjeu plus large : celui de marchés de capitaux européens encore trop fragmentés face aux Etats-Unis. « Il y aurait de nombreuses synergies à rapprocher les marchés actions, de sorte que nous pourrions avoir un marché actions unique répondant aux besoins du PIB des trois plus grandes économies d'Europe », explique-t-il au Financial Times, en citant l'Allemagne, la France et l'Italie. Une logique qui rejoint le diagnostic dressé par Mario Draghi dans son rapport sur la compétitivité européenne, où la fragmentation des marchés de capitaux est identifiée comme l'un des freins au financement des entreprises du continent. C'est aussi l'un des enjeux de l'Union de l'épargne et de l'investissement portée par Bruxelles. Euronext en offre déjà une illustration, avec les marchés de huit pays réunis au sein du même groupe.
Une équation différente
Reste à savoir jusqu'où pourrait aller un tel rapprochement. Deutsche Börse ne se résume plus depuis longtemps à la Bourse de Francfort. Le groupe exploite également Eurex, l'une des principales places mondiales de dérivés, Clearstream dans les activités de post-marché, ainsi que d'importants métiers de données et d'indices. L'ensemble est valorisé environ 50 milliards d'euros, contre 16 milliards pour Euronext, qui possède également des activités de dérivés, sa propre chambre de compensation, plusieurs dépositaires centraux et une activité dans l'énergie.
C'est précisément dans les dérivés que s'était noué le blocage de Bruxelles en 2012 : la Commission avait alors refusé le rapprochement entre Eurex et Liffe, qui appartenait à NYSE Euronext. Or Liffe est depuis resté chez ICE, après son rachat de NYSE Euronext en 2013. L'un des principaux obstacles concurrentiels de l'époque a donc disparu.
Les questions antitrust resteraient néanmoins importantes, même si le contexte réglementaire a évolué : l'Union européenne paraît aujourd'hui davantage disposée à laisser émerger des acteurs capables de rivaliser à l'échelle mondiale. Sur l’hypothèse d’une fusion complète, « les problèmes antitrust sont bien connus, mais sur le papier il est intéressant pour l'Europe d'envisager la création d'une infrastructure de marché paneuropéenne à l'échelle planétaire », estime Stéphane Boujnah. Le chancelier allemand Friedrich Merz a lui-même plaidé pour la création d'une Bourse européenne unique.
Une logique d’abord économique
Pour autant, « Toute discussion de fusion qui démarre par le haut, à partir d'une cuisine de politiques, est condamnée à finir comme le SCAF », prévient encore Stéphane Boujnah dans l'entretien accordé au FT, en référence au programme franco-allemand d'avion de combat. Une éventuelle opération devrait donc, selon lui, répondre d'abord à une logique économique et créer de la valeur pour les actionnaires.
Le rapprochement éventuel se double d’un autre enjeu réglementaire. Paris et Berlin négocient actuellement une réforme de la supervision des marchés qui transférerait à l'Autorité européenne des marchés financiers, l'ESMA, installée à Paris, la surveillance des plus grandes entités financières européennes. L'Allemagne cherche toutefois à obtenir une exemption pour Deutsche Börse pour maintenir une supervision nationale.
Selon le Financial Times, une fusion avec une autre Bourse pourrait toutefois faire tomber cette exemption et placer l'ensemble élargi sous la supervision de l'ESMA, dans le cadre d'un compromis encore en discussion. L'Italie, l'Espagne, la Pologne, les Pays-Bas et la France soutiennent ce compromis, qui doit encore rallier au moins neuf autres Etats membres.
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