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Fusions, Acquisitions / Euronext / Admincontrol / acquisition / Innovate for Growth / Stéphane Boujnah

Fusions, Acquisitions
Euronext / Admincontrol / acquisition / Innovate for Growth / Stéphane Boujnah

Avec l’acquisition d’Admincontrol, Euronext signe une opération cohérente en tous points / Une transaction à près de 400 millions d'euros qui témoigne de ses nouvelles ambitions stratégiques

Un actif de croissance, implanté dans une région de prédilection, sur un segment d’activité de services aux émetteurs et investisseurs qu'Euronext connaît bien et sur lequel il compte accroître ses revenus : en annonçant jeudi l’acquisition de cette société basée à Oslo, qui a développé une plateforme de solutions digitales pour assurer la gouvernance des entreprises, l’opérateur boursier paneuropéen démontre la rapidité avec laquelle il met sa nouvelle stratégie à exécution. Cette transaction - la plus importante depuis le rachat de Borsa Italiana - sera financée en cash, sans pour autant remettre la solidité financière du groupe présidé par Stéphane Boujnah en cause.
Stéphane Boujnah (Photo by Eric PIERMONT / AFP)
Stéphane Boujnah (Photo by Eric PIERMONT / AFP)

Euronext n’a décidément pas de temps à perdre. La mise en musique de son nouveau plan stratégique, "Innovate for Growth 2027", vient à peine de débuter que les annonces relatives à son exécution se succèdent. Ce jeudi, l’opérateur boursier paneuropéen frappe encore plus fort en dévoilant l’acquisition d’Admincontrol. Il a en effet signé un accord définitif avec Visma, pour lui acheter l’intégralité du capital de cette entreprise basée à Oslo, qui a développé une plateforme de solutions pour assurer la gouvernance digitale des entreprises, la circulation d’informations sensibles ou encore l’accès à des informations privilégiées dans le cadre de due diligences. En clair, des solutions informatiques permettant de sécuriser tout ce qui doit l’être et d’informer ceux qui ont besoin de l’être. La transaction se chiffre à près de 400 millions d’euros. "Il s’agit de la plus grande acquisition d’Euronext depuis 2021, lorsque nous avions racheté le groupe Borsa Italiana. Nous avions dès lors privilégié de plus petites cibles, Admincontrol en est une de taille moyenne. Euronext est vraiment de retour sur le terrain du M&A et de la consolidation", souligne Stéphane Boujnah, président du directoire du groupe, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.

Cette opération, qui donnera lieu à l'intégration par Euronext de cet outil logiciel de gestion des conseils d'administration et des transactions, conçu pour favoriser une prise de décision efficace, est structurante pour plusieurs raisons. Elle permet en effet à l'entreprise de cocher de multiples cases en s'articulant en bonne et due forme à son nouveau plan stratégique. Tout d’abord au regard de la diversification de ses revenus, puisqu’elle lui permettra de faire croître ceux découlant d’abonnements, non liés aux volumes et à la volatilité des marchés. "Pour illustrer cette ambition, nous sommes déterminés à faire croître de manière organique et inorganique nos activités de ‘corporate solutions’, c’est-à-dire de services aux émetteurs et aux investisseurs, de solutions qui relèvent du SaaS (Software as a Service) et qui permettent de transformer l’efficacité de l’activité de nos clients", explique Stéphane Boujnah.

 

Catalyseur de croissance

 

Un actif d’autant plus intéressant pour le groupe qu’il en est un de croissance : sur les cinq dernières années, celle de l’entreprise s’est affichée à deux chiffres. Ses revenus ont atteint 39 millions d’euros à fin 2024, et son Ebitda a représenté 17 millions d’euros (pour une marge correspondante de 44 %). "Euronext a une belle profitabilité, avec près de 62 % de marge d’Ebitda. Nous visons une croissance supérieure à 5 % en moyenne par an sur les 3 prochaines années de notre chiffre d’affaires et de notre Ebitda. Admincontrol sera un accélérateur en ce sens", indique le président du directoire d’Euronext.

Les risques d’intégration sont faibles. Le groupe est en effet déjà bien présent sur ce segment d’activité. Et connaît tout aussi bien cette région. Depuis 2019, Euronext a racheté (entre autres) la Bourse d’Oslo, la plateforme de trading d’électricité Nord Pool, les dépositaires centraux norvégien et danois de titres, opérant désormais sous les noms d’Euronext Securities Copenhagen et Euronext Securities Oslo, ou encore l’activité de dérivés d’électricité de Nasdaq Nordic au mois de janvier. Après l’acquisition d’Admincontrol, la part des revenus d’Euronext réalisés dans la région nordique sera de l’ordre de 20 %. "C’est une région où nous travaillons depuis six ans et où nous n’avons que des succès. Ces risques d’intégration limités font partie des raisons pour lesquelles nous sommes particulièrement enthousiastes à l’idée de réaliser cette acquisition", anticipe Stéphane Boujnah. D’autant que l’intégration de Borsa Italiana, finalisée en 2024, a par exemple tenu ses promesses. Les synergies enregistrées en termes d’Ebitda, de plus de 120 millions d’euros l’année dernière, ont représenté le double de ce qui avait été visé lors de son acquisition en 2021, pour 4,4 milliards d'euros. Les coûts déployés pour ce faire ont quant à eux été moins élevés que prévu.

 

Des opportunités commerciales

 

Admincontrol compte à date plus de 4 000 clients et sert environ 200 000 utilisateurs, tout particulièrement dans les pays nordiques et au Royaume-Uni. Euronext Corporate Solutions a de son côté 5 000 clients, dans une trentaine de pays. En 2024, cette division a représenté 50 millions d’euros de revenus, tandis que son taux de croissance annuel, au fil du dernier plan stratégique, a été à deux chiffres. Cette acquisition devrait donc permettre à Euronext de maximiser les opportunités de ventes croisées, grâce à une complémentarité affichée sur le plan de la géographie et des produits. "Ceux d’Admincontrol se rapprochent davantage des modes de fonctionnement des entreprises industrielles et commerciales privées, tandis que notre propre force est celle de servir les acteurs publics, dont des ministères à la confidentialité sensible, en plus de nos clients émetteurs. Tout l’intérêt sera de combiner notre offre pour devenir un leader en Europe, largement au-dessus des zones géographiques où Euronext Corporate Solutions est déjà présent. Nous avions jusqu’ici une plus faible présence sur le marché nordique sur ce terrain, qui est pourtant extrêmement dynamique", observe le patron d’Euronext.

La transaction devrait être finalisée au deuxième trimestre et sera financée en cash. Son prix ne remettra pas la note de crédit du groupe en cause, alors qu’elle vient d’être relevée de BBB + à A- par S&P. "Elle s’inscrit dans notre discipline financière", souligne Stéphane Boujnah, qui rappelle également la sélectivité dont le groupe fait preuve pour choisir ses cibles. Si Euronext accélère donc la diversification de ses revenus, ses activités de volumes et de négociation n’en restent pas moins florissantes. Depuis le début de l’année 2025, les volumes d’actions échangés sur Euronext sont en effet en hausse de plus 30 % par rapport à la moyenne de 2024. "Avec 13 milliards d’euros de capitalisation boursière, nous n’avons plus rien à voir avec l’entreprise qui s’est introduite en Bourse en 2014 et qui valait 1,3 milliard d’euros", se félicite le président d’Euronext. Alors que le groupe fête, cette année, son quart de siècle, Stéphane Boujnah l’assure : "Cette acquisition marque le retour d’une nouvelle ambition pour Euronext, que nous avons énoncée en novembre et que sommes en train de mettre en œuvre depuis quelques semaines". Et sans attendre, donc, comme en témoignent les différentes annonces qui se sont égrenées depuis le mois de janvier. "Je cite souvent Thucydide : ‘se reposer ou rester libre, il faut choisir’. Nous avons décidé de rester libres, donc nous ne nous reposons pas. Nous voulons contribuer à l’autonomie stratégique de l’Europe, et tous les investissements que nous réalisons sur le continent pour intégrer les infrastructures de marché en sont la preuve", souligne Stéphane Boujnah

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