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Christine Lagarde sous pression au sujet du climat

Dans une lettre ouverte à la présidente de la Banque centrale européenne, plus d'une centaine de chercheurs et experts ont exigé que Francfort se débarrasse de ses actifs fortement émetteurs. La présidente a déjà promis devant le Parlement qu'elle ferait du climat une priorité. Il lui faudra désormais passer de la parole aux actes.
28/11/2019 - 17:00
Central Park - New York - Etats-Unis - vert - verte - écologie - environnement
Central Park - New York - Etats-Unis - vert - verte - écologie - environnement

Vendredi dernier, lors de sa première prise de parole en tant que présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde a notamment annoncé la tenue d'une "revue stratégique de la politique monétaire européenne", dans les prochains mois. Revue qui a déjà fait couler beaucoup d'encre, tant sur ce qu'il faudrait y discuter que sur qu'il est déjà prévu qu'il y soit débattu. Le gouverneur de la Banque de France a ainsi déclaré hier lors d'un forum financier à Tokyo, qu'il serait souhaitable lors de cette revue, de clarifier l'objectif d'inflation de 2% de la BCE.

Mais il est un autre sujet de fond auquel la présidente de la BCE compte aussi consacrer du temps lors de cette fameuse "revue stratégique" : celui du climat. Dès son audition devant le Parlement européen, Christine Lagarde avait promis de mettre la protection de l'environnement "au cœur de la vision que la BCE a de sa mission". Et selon des proches du conseil des gouverneurs cités par le Financial Times, le climat devrait donc bien faire partie de la revue stratégique prochaine de Francfort, pour la première fois depuis 2003.

Une réflexion de plus en plus nécessaire, alors que tous les acteurs de la société civile et politique ont décidé de prendre part à l'effort généralisé pour respecter les engagements de l'Accord de Paris (limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré de plus à long terme). Hier encore, 61 organisations (ONG, syndicats, think tanks, associations d’entrepreneurs) et 102 experts français et européens exhortaient la nouvelle Présidente de la Banque centrale européenne (BCE) à prendre des actions concrètes et ambitieuses pour lutter contre le changement climatique, via une lettre ouverte publiée sur le site de l'institut Veblen. "Il est particulièrement choquant que la BCE, au nom de la neutralité de marché, continue d'acheter des actifs émis par des entreprises des secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre dont les industries fossiles. L'achat de tels actifs soutient un statu quo dangereux et empêche la transition vers la neutralité carbone", ont écrit les chercheurs.

Les signataires ont surtout milité pour que la BCE accélère la réflexion sur le sujet, la sommant indirectement de ne pas prendre en considération les voix opposées au verdissement de la politique monétaire de Francfort. "Inévitablement, vous allez faire face à la résistance idéologique de ceux qui pensent que les banques centrales doivent laisser les politiques climatiques à d’autres et rester “neutres” dans leurs interventions sur les marchés. Il est temps de revisiter ce principe", ont martelé les chercheurs. Rappelons que le sujet ne fait pour l'instant pas consensus au sein des gouverneurs : à la suite des déclarations de Christine Lagarde devant le Parlement européen, le président de la Bundesbank Jens Weidmann a reconnu que les banques centrales avaient un rôle à jouer pour le verdissement de l'économie, mais uniquement via la gestion des actifs qui risqueraient des pertes de valeurs importantes lors de la transition vers une économie bas carbone. Visant naturellement et principalement les investissements liés aux combustibles fossiles. Selon les calculs de Lombard Odier, ces derniers devraient représenter une menace de 1.000 milliards de dollars au sein des portefeuilles des banques centrales. Mais "Jens Weidmann, le président de la BundesBank ne partage pas l'avis selon lequel les responsables monétaires devraient favoriser officiellement les actifs verts ou bien établir une discrimination à l'égard des actifs dits 'bruns'" explique Stéphane Monier, responsable des investissements chez Lombard Odier. "Plutôt que de privilégier les obligations vertes, les banques centrales doivent continuer à acheter des obligations tout en évitant de discriminer certains secteurs", a déclaré le président de la banque centrale allemande.

Un engagement insuffisant selon les signataires de la lettre donc. Qui estiment que combattre le changement climatique est un objectif politique majeur de l’UE et que cela fait partie du mandat de la BCE tel que défini par l’article 127 du Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne. Une position avec laquelle la présidente de la BCE est visiblement tout à fait d'accord. "En ce qui concerne son mandat, Christine Lagarde pourrait effectivement affirmer de manière plausible qu'il ne découle plus des statuts de la BCE à Francfort mais bien plutôt de l'Accord de Paris de 2015 qui engage l'Union européenne à contenir le réchauffement climatique 'nettement en dessous de 2 degrés par rapport aux niveaux préindustriel'", explique encore Stéphane Monier responsable des investissements.

Toute la difficulté de Christine Lagarde sera désormais de mettre en pratique ces belles intentions, et de parvenir à passer au-dessus des objections de certains gouverneurs. Or toutes les décisions de la BCE sont prises à une majorité qualifiée. Il lui faudra donc mener une très bonne campagne de communication sur le sujet afin de faire comprendre à tous les États membres l'ampleur de l'enjeu climatique. D'autant qu'une fois passées ces réticences, le verdissement de sa gestion d'actifs sera certainement long à mettre en place. 

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