Commission européenne : Barroso a-t-il fait du lobbying pour Goldman Sachs ?
En 2016, la nomination chez Goldman Sachs de José Manuel Barroso, ex-président de la Commission européenne, avait déchaîné les passions. En effet, la banque américaine a pu être régulièrement mise en cause pour son rôle dans la crise des subprimes ou encore la tempête grecque. Deux dossiers sur lesquels l'ancien patron de l'exécutif européen avait dû plancher, mais côté public. A la suite de l'avalanche de commentaires suscités par l'arrivée de José Manuel Barroso au sein de la banque, le Comité d’éthique ad-hoc de l’Union européenne avait finalement conclu en octobre 2016 que le Portugais n'avait pas violé le code de bonne conduite du Vieux Continent. Malheureusement pour l'intéressé, un nouvel élément est venu remettre de l'huile sur le feu.
En effet, José Manuel Barroso, qui s'était engagé à ne pas faire de lobbying pour son nouvel employeur, a rencontré le vice-président de la Commission en charge de la compétitivité, de la croissance et de l'emploi, à proximité du siège de l'exécutif. Cette réunion, qui s'est tenue le 25 octobre entre le conseiller de Goldman Sachs et Jyrki Katainen à l'hôtel Silken Berlaymont, fait d'autant plus couler d'encre que le Finlandais a été membre de la Commission Barroso 2 durant quelques mois. Pourquoi cet entretien a-t-il été rendu public ? D'abord parce que, comme les règles le stipulent, Jyrki Katainen a consigné dès le lendemain, son entrevue dans un registre officiel.
Le hic, c'est que si rendez-vous a bien été mentionné, ainsi que le nom de Goldman Sachs, celui de José Manuel Barroso n'apparaissait pas. En réalité, c'est l'ONG Corporate Europe Observatory qui a demandé de plus amples informations au Finlandais sur son entretien d'octobre. Dans une lettre, adressée à l'organisation et datée de fin janvier, Jyrki Katainen explique avoir pris rendez-vous avec José Manuel Barroso à la demande de ce dernier. Bien que le vice-président de la Commission indique ne pas avoir pris de notes durant l'entrevue, comme à son habitude, il précise néanmoins que la discussion a essentiellement porté sur les sujets du commerce et de la défense. Jyrki Katainen ajoute qu'il n'avait pas eu l'occasion de rencontrer le Portugais depuis sa prise de fonctions chez Goldman Sachs en juillet 2016.
La banque américaine n'a pas manqué de réagir. « Depuis le début de son mandat (M. Barroso) s’est refusé à représenter l’entreprise dans le cadre de toute interaction avec des fonctionnaires ou des représentants officiels de l’UE. Une telle réunion se déroule en son nom propre et repose sur une longue carrière dans le service public. ». De son côté, Alter-EU, une coalition d’ONG spécialisées dans la lutte anticorruption et qui a publié la missive, ne voit pas les choses de cet oeil : « Cette réunion est un excellent exemple de comment les portes tournantes entre les politiques et le business bénéficient aux entreprises». Et d'ajouter que la révision du code de conduite des commissaires, mise en place en janvier, n'a pas réussi à traiter ce genre de questions.
Dans le détail, la nouvelle mouture étend le délai de viduité. Jusqu'alors d'une durée de 18 mois, ce dernier a été relevé à deux ans pour les anciens commissaires et à trois ans pour le président de la Commission. Pour mémoire, José Manuel Barroso était à la tête de la CE jusqu'en octobre 2014. Par ailleurs, « le nouveau Code définit, pour la première fois, ce qu'est un 'conflit d'intérêt' et établit comme principe que les commissaires doivent éviter non seulement les situations de conflit d'intérêts, mais aussi les situations pouvant être perçues comme telles »... Or, dans cette affaire, José Manuel Barroso, qui a vécu un véritable déferlement de critiques au moment de sa nomination, devait s'attendre à ce que ses faits et gestes en lien avec la Commission, nourrissent le débat.
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