Déficit : les CEO américains ont la mémoire courte
Gary Cohn, le conseiller économique du Président américain et ancien COO de Goldman Sachs, l’a lui-même reconnu : « ceux qui sont le plus excités par notre réforme fiscale, ce sont les grands CEO ». Et plusieurs sénateurs républicains ont aussi avoué que ce texte était crucial pour continuer à être soutenus par leurs principaux donateurs en 2018, une confidence qu’ils sont souvent réticents à faire. L’enjeu est d’autant plus important que le timing est serré, puisque les architectes du texte se sont engagés à le faire passer d’ici la fin de l’année. Ce qui a fait dire à la sénatrice démocrate Elizabeth Warren : « les leaders républicains ont externalisé leur agenda économique à une poignée de donateurs milliardaires et corporates ».
Du côté des patrons, le discours a largement évolué depuis quelques années, lorsque Jamie Dimon de JP Morgan écrivait dans sa lettre annuelle aux actionnaires que « l’incapacité à faire face à notre réalité fiscale est un problème », en 2012. Aujourd’hui, les dirigeants -y compris Jamie Dimon, proche conseiller de Donald Trump- rivalisent d’encouragements pour adopter la plus importante réduction de l’impôt sur les sociétés de l’histoire, de 35% à 20%. Arguant que celle-ci aurait pour effet de « booster l’économie, la rendre plus compétitive, créer des emplois et inciter à la hausse des salaires ».
Même son de cloche de la part du CEO de Cisco, Chuck Robbins, qui s’est dit « optimiste » sur le vote de ce projet de loi et a indiqué : « nous voyons davantage de M&A. Nous voyons des investissement dans des centres d’innovation », avant de glisser : « nous voyons la capacité, bien sûr, de faire aussi des distributions de dividendes et des rachats d’actions ». Ce dernier est en particulier enthousiaste sur l’instauration d’un système territorial, qui ne taxera que les profits dégagés aux Etats-Unis, afin d’éviter l’évasion fiscale des profits détenus à l’étranger. Le CEO de Bank of America renchérit sur la même thématique : « nous avons besoin d’une imposition plus faible pour être compétitif ».
On est ainsi bien loin de la campagne « réparer la dette « lancée par JP Morgan et ses homologues patrons en 2012, qui prônait le retour à l’orthodoxie budgétaire pour parer au dérapage de la dette fédérale. Le texte actuellement en discussions consisterait à augmenter la dette publique américaine de 1 500 milliards de dollars en dix ans, et le principal argument avancé pour le financer n’est autre que le bond de croissance attendu par ces coupes fiscales. Le secrétaire au Trésor Steve Mnuchin se retranche derrière un « ce plan se financera de lui-même » sans n’apporter aucune donnée chiffrée à ses propos, et les CEO n’y trouvent rien à redire.
Seul le patron de Starbucks, Howard Schultz, a exprimé son incrédulité face à une réforme qu’il juge favorable aux grandes entreprises et aux riches, et qu’il a qualifiée « d’attrape-nigaud ». Pour certains patrons, l’urgence est de réformer le régime fiscal, quitte à faire des concessions provisoires sur la dette. Mais les Etats-Unis ont passé le temps de la patience : la dette fédérale atteint 20 532 milliards de dollars et selon les projections du Congrès établies en début d’année, elle est censée grimper encore de 10 000 milliards de dollars sur la prochaine décennie. Des estimations faites au lendemain de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et qui se concluaient par l’urgence de contrer cette hémorragie. Les donateurs du parti républicain en ont décidé autrement.
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