Fed : Janet Yellen reste favorite à sa propre succession
Lors de la conférence de presse hier, Janet Yellen a soigneusement évité de répondre à toutes les questions concernant son avenir à la tête de la Fed. « J’ai l’intention de servir mon mandat jusqu’à son terme », soit début février 2018, a-t-elle ainsi déclaré, avant d’admettre qu’elle n’avait pas discuté de la suite avec le Président. Donald Trump, qui avait accusé la présidente de la Fed de faire le jeu des Démocrates pendant la campagne, a certes révisé son jugement depuis et déclaré qu’il la respectait. En avril, il a également indiqué dans la presse qu’il n’écartait pas encore la possibilité de la reconduire pour un mandat supplémentaire.
Il revient à Gary Cohn, l’ancien président de Goldman Sachs et actuel conseiller économique du Président, de mener le processus de recrutement à la Fed, même s’il a reconnu en début de mois que celui-ci n’avait pas encore commencé. A cet égard, le sondage mené par Bloomberg auprès de 43 économistes entre le 5 et le 8 juin dernier, montre que ces derniers considèrent pour le moment Janet Yellen comme la candidate la mieux avancée pour poursuivre son mandat, même si la concurrence est proche de la part d’autres profils. Sur une note de 100, la présidente de la Fed a ainsi obtenu 30% des suffrages. De sensibilité démocrate et mariée à un Prix Nobel d’économie, elle a été chef économiste sous la présidence Clinton, puis a passé l’essentiel de sa carrière à la Fed, où elle a notamment été gouverneur de la Fed de San Francisco.
De l’avis des économistes, trois autres profils sont sérieusement considérés. Kevin Warsh obtient ainsi un score de 25 : ancien banquier de Morgan Stanley et gouverneur de la Fed entre 2006 et 2011, ce dernier a depuis été un vif critique de sa politique monétaire. Il juge qu’elle est trop complaisante face à une hausse artificielle des prix sur les marchés financiers. Marié à l’héritière de la famille Estée Lauder, il occupe aujourd’hui de hautes fonctions au sein du groupe de cosmétiques.
Puis vient John Taylor (score de 23), professeur à l’université de Stanford et connu pour avoir développé une règle sur la politique de taux de la Fed, en fonction de l’état de l’économie et l’inflation. Il a lui aussi été sévère avec l’action de la Réserve Fédérale, jugeant qu’elle avait laissé une bulle se développer sur l’immobilier au début des années 2000 et est aujourd’hui trop laxiste. Il est notamment soutenu par les Républicains du Congrès, qui veulent imposer la « règle de Taylor » à la Fed.
Glenn Hubbard, chef économiste de George W. Bush entre 2001 et 2003, est quant à lui crédité d’un score de 22. Ce dernier a joué un rôle central pour mettre en place des plans de baisses fiscales pour les salaires, les dividendes et les plus-values. Le doyen de l’université de Columbia avait déjà été pressenti pour prendre la présidence de la Fed en 2006, avant que Ben Bernanke ne lui soit préféré. Ce dernier favorise aussi une règle et un cadre précis pour la politique monétaire de la Fed, avec la possibilité d’en dévier si nécessaire, et souhaite réduire la taille de son bilan le plus rapidement possible.
Enfin, Gary Cohn (score de 21), qui mène ce processus de l’intérieur comme membre de l’équipe Trump, est lui aussi vu comme un outsider pour ce poste. Interrogé à plusieurs reprises, ce dernier répond toujours qu’il est très satisfait de ses fonctions actuelles, mais avait déjà eu ce discours avant d’intégrer l’administration du Président. Si ce scénario devait se réaliser, ce dernier serait accusé de faire comme Dick Cheney, qui avait étudié des profils pour le poste de vice-président de George W. Bush, avant d’être finalement candidat et choisi. Ancien vétéran de Goldman Sachs, Gary Cohn a de son côté beaucoup critiqué l’action de la Fed pendant la crise, qui a utilisé des liquidités du système financier pour relancer l’économie, tout en demandant aux banques de détenir davantage de capitaux, ce qui a impacté leur capacité à prêter.
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