WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Quand Donald Trump scie sa propre branche

Après l’échec de la réforme de la santé, le Président a focalisé toute son énergie sur le chantier fiscal. Mais le clash avec un influent sénateur républicain, menace encore un peu plus la fragile majorité au Congrès, surtout face à une réforme profondément clivante.
Donald Trump
Donald Trump

Sous l’ère Donald Trump, chaque semaine commence avec un nouvel esclandre sur Twitter. Après avoir pris en grippe les joueurs de football américain de la NFL qui s’agenouillent pendant l’hymne national en guise de protestation, le Président américain s’est attaqué le week-end dernier au sénateur républicain Bob Corker, qu’il a accusé de n’avoir pas « les tripes » de se présenter à sa propre réélection et qu’il avait refusé de le nommer ministre des Affaires Etrangères. Ce dernier, qui est en poste jusqu’à mi-2018 mais n’a plus rien à perdre, a immédiatement réagi, en déplorant que la Maison Blanche soit « devenu une garderie pur adultes. Quelqu’un était semble-t-il absent aujourd’hui », faisant allusion aux personnes qui essaient de contenir les attaques du Président. Bob Corker est même allé plus loin en accordant une interview au New York Times, et déclaré : « il m’inquiète. Il devrait inquiéter toute personne qui veut le bien de la nation », estimant qu’il se comportait encore comme dans une de ses émissions de télé-réalité.

Il ne s’agit que d’un « clash » de plus pour Donald Trump, qui a déjà copieusement critiqué l’action de son ministre des Affaires Etrangères Rex Tillerson et, après des rumeurs selon lesquelles ce dernier l’aurait traité d’ « idiot », a proposé ce mardi de comparer leurs QI respectifs, dans une interview sur Forbes. Par ailleurs, l’ancien président de Goldman Sachs et conseiller économique du Président, Gary Cohn, aurait lui aussi prévu de se retirer une fois la réforme fiscale passée, selon le site Axios.

Mais la réforme fiscale est encore dans les limbes, et un conflit avec un sénateur influent comme Bob Corker, qui dirige par ailleurs le comité des Affaires Etrangères au Sénat, risque de compliquer encore un peu plus un accord sur ce sujet sensible, sans parler des décisions à prendre sur l’accord iranien ou encore la Corée du Nord. Les conseillers de Donald Trump ont eu le plus grand mal à le convaincre de renoncer au taux d’impôt sur les sociétés à 15%, et de s’aligner sur les 20% du Congrès. Un seuil sur lequel Steve Mnuchin, le secrétaire au Trésor, a pourtant déjà beaucoup de mal à expliquer qu’il sera entièrement financé par la croissance générée.

Or, la voie pour faire passer cette loi, sur laquelle Donald Trump compte à tout prix après l’échec de la réforme de l’Obamacare, est très étroite. Les sénateurs républicains ne bénéficient que d’une majorité de deux sièges, et ne peuvent se permettre de défections, comme cela s’est produit sur l’assurance santé. A l’époque, le Président avait d’ailleurs jeté l’opprobre sur Mitch McConnell, le porte-parole républicain au Sénat, qui a désormais une très forte pression sur les épaules. Mais ce dernier pâtit aussi des conflits personnels de son patron avec John McCain, et maintenant Bob Corker. Ce dernier a indiqué qu'il ne voterait une telle réforme que si elle n'augmentait pas le déficit.

« Donald Trump, le Président sans parti », titrait ce mardi un article du Wall Street Journal, qui liste ces querelles mais aussi la vendetta dans laquelle s’est lancée son ancienne éminence grise, Steve Bannon, qui veut éliminer les leaders de l’establishment républicain, accusés d’être des « mondialistes ». De plus en plus distant de la base de son propre parti, Donald Trump a déjà choisi de se rapprocher de la minorité démocrate sur des sujets comme l’immigration et la santé, coupant l’herbe sous le pied des législateurs républicains. « Où tout cela va-t-il mener ? » s’interroge le quotidien américain, qui n’a, pour l’instant, pas vraiment de réponse. En attendant, Wall Street est plus euphorique que jamais : Goldman Sachs estime à 65% les chances de voir passer ce grand chantier d'ici 2018.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article