Aurélien Hamelle (Total) : avocat en entreprise
Après une période d’immersion et de passation avec son prédécesseur, Aurélien Hamelle a pris la tête de la direction juridique de Total en janvier dernier. Cet ancien associé des cabinets Metzner et Allen & Overy s’était jusqu’ici distingué dans des grands dossiers de la place de Paris comme l’affaire Clearstream et EADS. S’il estime être toujours avocat, mais cette fois en entreprise, Aurélien Hamelle, a néanmoins vu sa matière évoluer. « J’étais très bien là où j’étais mais je suis très content d’être sorti de ma zone de confort, d’avoir renversé la perspective, en passant en amont des risques, en les prévenant, en les gérant », souligne celui qui considère également qu’on ne peut enfermer personne dans un métier de juriste, de notaire ou de magistrat pour une vie entière.
A défaut d’avoir été avocat en cabinet toute sa vie donc, Aurélien Hamelle a toutefois toujours eu la fibre pour ce métier. Pour la petite anecdote, au moment de l’inscription à l’université via Minitel, celui qui avait acheté un code pénal à 16 ans, décide de se distinguer de son frère jumeau. Ce dernier ayant opté pour le droit, Aurélien Hamelle coche alors la case éco-anglais à Nanterre. Mais c’était sans compter sur sa vocation, qui l’a poussé quelques jours plus tard à rejoindre le bâtiment d’à côté, le ramenant à ses premières amours. Il a ainsi obtenu un bi-deug droit-anglais, puis une maîtrise en droit des affaires ainsi qu’une autre en sciences de gestion délivrée par Dauphine.
Bien entouré sur de beaux dossiers
Egalement diplômé de l’IEP de Paris, Aurélien Hamelle a fait ses premiers pas en 2001 chez Freshfield Bruckhaus Deringer. C’est là qu’Elie Kleiman, associé, lui prodiguera de précieux conseils. Il lui indiquera qu’ « il faut 10 ans pour faire un bon avocat. C’est-à-dire pour qu’un avocat ne soit pas dangereux pour son client car il reconnait et anticipe les problèmes. Cela s’est d’ailleurs vérifié !», raconte Aurélien Hamelle. Son mentor lui enseigne également la rigueur, précisant qu’une virgule mal placée peut coûter plusieurs millions d’euros.
Puis, en 2005, Aurélien Hamelle rallie le cabinet Metzner qui, à l’époque, ne comptait qu’un associé : le grand pénaliste français, décédé depuis, Olivier Metzner. Ce praticien d’exception lui apprendra à revenir sans cesse au code. «La défense qu’il proposait était toujours crédible, autrement dit digne de crédit. Il revenait toujours aux textes, s’appuyait sur les faits. Aux antipodes des stratégies de défense construites exclusivement autour du verbe », explique le directeur juridique. C’est aux côtés d’Olivier Metzner qu’il planchera sur l’affaire Clearstream, en tant que défense de Dominique de Villepin, qui sera relaxé en 2010. « C’est l’un de mes plus grands souvenirs. L’équipe de défense pouvait se sentir très seule face à des avocats et procureurs talentueux. Ça a été une joute judiciaire que l’on a réussi à remporter. Dans ce contexte, les juges ont été courageux dans leur prise de décision », confie le juriste.
De belles affaires, Aurélien Hamelle en a couvertes d’autres dans des domaines différents, ce qui lui plaisait d’autant plus. Il a travaillé sur le dossier Rhodia, entreprise créée en 1998 à partir d'une scission de Rhône-Poulenc. Il a également été à l’origine de l’une des grandes questions prioritaires de constitutionnalité de ces dernières années, celle sur le fondement de non bis in idem, principe selon lequel nul ne peut être poursuivi deux fois pour les mêmes faits, dans l’affaire de délit d’initiés d’EADS. Une victoire obtenue chez Allen & Overy, où il a œuvré de 2014 à 2016.
Néanmoins l’un des souvenirs les plus marquants de cet avocat aura été un dossier bien moins médiatique, pour meurtre sans intention de le donner, aux assises. Le père de la victime, qui l’avait vertement attaqué pour la défense du meurtrier de son fils, l’avait finalement remercié à la suite de la plaidoirie. Un changement de perception qu’Aurélien Hamelle explique par les mots qu’il a su avoir pour la famille. « C’était humainement bouleversant. »
Une feuille de route chargée
Depuis qu’il est chez Total -l’un de ses anciens clients- le directeur juridique continue à s’intéresser aux affaires, par goût mais aussi par nécessité pour son travail. Il reçoit d’ailleurs toujours "La Semaine Juridique", n’a pas jeté sa robe et était même il y a quelques semaines au raout de la presse judiciaire. Au sein du groupe pétrolier, il a pu élargir sa palette d’intervention, notamment juridictionnelle. Il travaille aussi bien sur la gestion des risques d’acquisitions, de changement climatique, que de droits de l’homme etc. Il a également pris une dimension managériale plus importante et très différente, la gestion des talents au sein d’une entreprise étant plus en silo que dans les cabinets.
Parmi les volets de sa feuille de route : Aurélien Hamelle doit avancer sur la digitalisation et la standardisation des métiers juridiques. « En entreprise, les outils digitaux permettent de standardiser certains contrats par exemple. Cela nous permet d’utiliser les compétences en droit que l’on a en interne et d’avoir plutôt recours à des avocats extérieurs dans des domaines plus pointus », explique le directeur.
Et pour la suite ? « La robe me manque mais je découvre un univers captivant. J’ai été en cabinet pendant 15 ans, alors je pourrais travailler pour Total au moins autant sinon plus », s’amuse Aurélien Hamelle, qui peut y satisfaire son penchant pour l’international. Le directeur, aujourd’hui âgé de 38 ans, compte également reprendre l’enseignement à l’Institut d'Etudes Politiques de Paris dès l’an prochain. Entre temps, cet ancien joueur et fan de Hockey, continuera à emmener ses deux enfants faire du patin à glace, et à prendre sa moto pour aller chaque jour au siège de la Défense.
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