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Vu des Etats-Unis : les arguments financiers et politiques de Bernard Arnault
« Une belle opération pour LVMH, à un prix élevé pour Bernard Arnault ». C’est avec ce titre que le Wall Street Journal a repris l’information selon laquelle la holding familiale Arnault allait débourser 12 milliards d’euros au total pour asseoir sa présence au sein de Dior et faire jouer des synergies entre la maison de couture et LVMH. L’article rappelle avec une pointe d’ironie qu’en janvier dernier, le patron du leader mondial du luxe avait fait remarquer que les titres LVMH étaient trop chers pour être rachetés. Et pourtant, quatre mois plus tard et alors que les cours des deux sociétés sont à leurs plus hauts historiques, le businessman décide de se lancer dans cette opération coûteuse. « Pourquoi maintenant ? » s’interroge justement le journaliste.
Première raison contextuelle : la perspective d’une victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle française, qui a prévu de ramener le taux d’imposition sur les sociétés de 33,3% à 25%. Ce dernier n’a d’ailleurs pas hésité à officialiser son soutien au candidat d’En Marche! lors de l’annonce de cette opération. A la chaîne américaine CNBC, il s’est même montré très confiant sur l’issue du second tour. « Je pense que Macron va gagner l’élection, que nous serons dans une bonne positon et que la France sera considérée comme un pays avec un important potentiel, car Macron est favorable aux entreprises et au secteur privé, et il pense que pour faire avancer un pays et se battre contre le chômage, il faut promouvoir le secteur privé. Je suis sûr qu’avec lui, le taux de chômage va baisser en France ».
La deuxième est rationnelle : Bernard Arnault finance un tiers de l’opération avec ses actions Hermès, qui s’échangent à un alléchant multiple de 37 fois ses profits attendus. La maison de couture a montré une âpre résistance aux tentatives de rachat de la part de LVMH il y a quelques années, et cette dernière opération montre que tout nouvel assaut est désormais improbable, si bien que le cours d’Hermès a dévissé de plus de 4% ce mardi.
La fusion de deux filiales n’est jamais une opération aisée, comme l’a montré le rapprochement entre SolarCity et Tesla par Elon Musk, pointe le WSJ. Mais les synergies entre Dior et LVMH semblent bien plus évidentes que celles entre un producteur d’énergie photovoltaïque et un fabricant de voitures électriques, même si elles font partie d’un grand projet de société post-industrielle. De son côté, LVMH met certes la main au portefeuille en payant plus de trois fois les revenus de Christian Dior, mais cela va améliorer son bénéfice par action de 3% et il va s’atteler à optimiser la rentabilité de la cible, plus faible que ses autres marques.
La presse américaine s’intéresse aussi au fils Arnault, Alexandre, qui à 24 ans a accompagné son père à la Trump Tower et vient de devenir codirigeant de la marque allemande de valises Rimowa, rachetée en début d’année. Dans le New York Times, un article titré « un autre Arnault prend des responsabilités « , le journal note que le jeune homme est lancé dans le grand bain rapidement. « Contrairement à ses frères et sœurs, Alexandre accède à la tête d’une marque après seulement trois ans dans les coulisses de la holding de son père, où il a travaillé sur la stratégie digitale et a contribué à des investissements et recrutements technologiques cruciaux ». Derek Blasberg, un journaliste mode américain qui l’a rencontré, le décrit comme « observateur, extrêmement intelligent et ambitieux », « au courant de ce qui se passe dans le groupe familial et il en est fier également », ce qui en fait un successeur potentiel tout comme Delphine (41 ans, vice-présidente exécutive chez Louis Vuitton) et Antoine (39 ans, DG de Beluti et chairman de Loro Piana). Le journal relève le premier tweet du jeune homme pour annoncer sa nomination, accompagné d’un smiley, ce qui « n’est pas vraiment dans le jargon traditionnel des dirigeants de LVMH, qui a une approche très conservatrice de ses interactions publiques ». Le jeune homme apportera des compétences bienvenues pour s’adresser aux clients en ligne, mais il ne faut pas oublier que deux autres fils Arnault, Frédéric (22 ans) et Jean (18 ans) pourraient aussi rejoindre le groupe familial bientôt. Et de conclure : « A la question de la succession de Mr Arnault, et du prochain leadership du plus gros empire mondial du luxe, seul le temps nous le dira ».
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