Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Pierre Hudry et Christian de Haaij, Goldman Sachs : l'esprit anti "star-system"
L’un est français issu du sérail, diplômé de l’X-Mines et de Télécoms Paris, l’autre est néerlandais d’origine et belge d’éducation, sorti de l’Ecole de Commerce de Solvay. Le premier connaît par cœur le corps institutionnel français et les codes des grandes entreprises, le second a su nouer un entregens et des relations privilégiées avec les patrons belges. Pierre Hudry et Christian de Haaij n’ont certes pas le même profil, mais ils s’accordent à penser qu’ils forment un duo complémentaire à la tête des activités de banque d’investissement de Goldman Sachs en France, Belgique et Luxembourg, depuis deux ans.
Si leurs débuts de parcours diffèrent –Pierre Hudry fait ses armes au Ministère de l’Industrie et des Finances, tandis que Christian de Haaij a commencé par l’audit chez Andersen, le financement structuré chez Citigroup puis le BCG pendant six ans- tous deux arrivent chez Goldman Sachs en 2000, en plein boom des valeurs Internet. Christian de Haaij est mandaté pour développer l’activité belge et rattraper l’avance prise par Morgan Stanley dans le pays, tandis que Pierre Hudry commence par deux ans à Londres dans l’équipe TMT, qui lui vaudront aujourd’hui encore les relations les plus proches avec les acteurs français des télécoms.
Les deux hommes sont ensuite transférés à Paris et oeuvrent d’arrache-pied au succès de Goldman Sachs sur le marché français, ce qui leur a valu de participer aux deals marquants de la décennie : la restructuration d’Eurotunnel, la fusion GDF-Suez ou encore la recapitalisation géante de France Telecom. Un leadership qui se poursuit aujourd’hui, avec le réveil des grandes opérations : la banque a ainsi été conseil d‘Holcim lors de sa fusion avec Lafarge, de Vivendi sur le deal SFR, de l’Etat français dans la vente de sa part dans GDF Suez ou encore d’Atos pour l’IPO de Worldline. Mais a aussi accompagné de grandes opérations cross-border, comme Klépierre/Corio ou encore Ingenico/GlobalCollect. Dans la plupart des cas, la banque figure comme conseil vendeur car elle a développé des compétences pour la défense des corporates, et se positionne systématiquement contre les investisseurs activistes.
De l’avis des deux spécialistes, le marché M&A traverse certes une période particulière et très riche en deals, où tous les grands groupes réfléchissent à des opérations transformantes, sur fond de conditions de financement au plus bas depuis 25 ans. Mais pour se démarquer dans un environnement de plus en plus concurrentiel, la banque s’est attelée à la diversification de ses métiers. Goldman Sachs a donc su développer des compétences dans l’obligataire et se montrer innovante, comme pour structurer les obligations hybrides émises par EDF et Orange. De ce point de vue, elle s’efforce de figurer comme « left lead », le premier nom de bookrunner mentionné à gauche dans la note d’opération. Autre corde à son arc : la couverture des risques, et les résultats semestriels des sociétés françaises ont illustré à quel point le risque de change pouvait les impacter. Aujourd'hui, les trois métiers représentent chacun un tiers de l’activité, alors que le M&A glanait encore 50% des revenus avant la crise.
Or, c’est bien cette multiplication des services, mais aussi une organisation horizontale et un travail quotidien en équipe, où tous les meilleurs éléments apportent leurs compétences sans que chacun ne cherche à se distinguer, qui font le succès de la marque Goldman Sachs. Thierry Sancier pour les sociétés industrielles, Céline Méchain pour le private equity ou encore Charles-Edouard van Rossum pour les ressources naturelles… Autant de points d’entrée pour chaque client, des rouages essentiels pour faire appel le plus rapidement possible à un réseau de 33 000 personnes, partout dans le monde. Pourrait en témoigner ce grand groupe, qui avait sollicité un avis sur l’opportunité d’une IPO de sa filiale philippine le vendredi soir, et a reçu une présentation détaillée dans le week-end. C’est pourquoi, plutôt que de se brader sur les fees, les deux banquiers misent sur le proverbe « what you pay is what you get ». Ils estiment convaincre sur leur technicité, la capacité à mettre l’intérêt de leurs clients au premier plan et à faire aboutir des opérations complexes. Et les grandes transactions récemment conseillées en France en sont des exemples éloquents.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

