WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux / Sur les marchés

Macro-économie / Taux
Sur les marchés

Brexit : Francfort prête à accueillir les exilés de Londres

Alors que Londres cherche à négocier un statut spécial avec l’UE, la question du passeport européen reste entière. La ville de Francfort s’organise déjà pour devenir la place financière de référence de ces prochaines années.
Ville de Francfort
Ville de Francfort

Le lancement de la procédure de Brexit traine en longueur et les questions demeurent, notamment pour les grandes banques présentes à Londres. Certaines entreprises ont déjà pris leur décision. Ainsi, « nous avons eu une grosse location de 10.000 mètres carrées », explique à l’AFP Ralph Schonder, l'un des directeurs du cabinet immobilier Knight Frank à Francfort, sans révéler le nom de son client. « C'est quelque chose qui ne se serait pas fait sans le Brexit » continue-t-il. Car c’est bien là toute la question : que se passera-t-il pour les banques et autres institutions financières, une fois que le Brexit sera effectif. Quid du «passeport européen », sésame pour pouvoir atteindre l’ensemble du continent européen et y vendre ses produits ?

Ce droit accordé aux acteurs financiers ayant une licence britannique leur permet d’effectuer des opérations en euros alors que le pays n'est pas membre de l’Europe monétaire et de vendre partout en Europe leurs produits sans avoir de présence obligatoire sur place. C’est la mise en place de ce système qui a fait de Londres, la place financière qu’elle est aujourd’hui et on comprend l’enjeu que cela représente dans le cadre d’une sortie de l’Europe. En effet, Londres est aujourd’hui la plus grande place financière mondiale. « Elle gère 20% des actifs des hedge funds mondiaux, 85% des actifs des hedge funds européens et 45% du marché des dérivés de gré à gré. La ville héberge aussi 250 banques originaires de 56 pays. Elle est par ailleurs la première place mondiale pour le marché des changes, pour les crédits bancaires internationaux, les produits dérivés, les marchés des métaux et de l'assurance», souligne Jean-Loup Bonnamy, agrégé de philosophie, dans Le Figaro. Bref, Londres est aujourd’hui incontournable sur l’échiquier de la finance mondiale.

Reste qu’étant donné la place de Londres au sein de l’Europe et de la Grande-Bretagne, la ville souhaiterait négocier un statut à part, lui permettant de rester LA place financière d’Europe. Car la ville subventionne une partie du pays. Environ 23% de l’économie britannique est générée par Londres. Une étude récente, publiée par le Centre for Cities, montre par ailleurs qu’environ 30% des impôts prélevés à Londres vont à l’ensemble du pays. C’est pourquoi Sadiq Khan, le maire de Londres a annoncé qu’il travaillait sur la proposition d’un « système de permis de travail » qui permettrait aux employeurs londoniens de recruter des citoyens européens facilement.

L'avenir de Londres pourrait déterminer celui de l’Europe, mais aussi celui des places financières de Francfort, Dublin ou Paris. Aujourd’hui, force est de constater que la ville Allemande a déjà bien organisé sa campagne de séduction afin d’endosser ce nouveau rôle de place financière de référence. En effet, le site « Welcome to FrankfurtRheinMain » qui a été créé « au cas où », en amont du Brexit et lancé juste après le vote, a déjà reçu bon nombre de visites. Le site fait la part belle à la population internationale déjà présente à Francfort, « des personnes venant de 180 pays vivent en totale harmonie et comptent pour 12% de la population de Francfort et sa région », souligne la page d’accueil. Le site permet d’avoir toutes les informations nécessaires dans l’optique d’un déménagement d’un siège social et des équipes de Londres à Francfort : impôts, immobilier, éducation et mode de vie sont donc mis en avant. « Personne ne se réjouit du Brexit », déclare Michael Kemmer, président de la fédération allemande des banques privées, « mais nous pouvons en profiter pour renforcer Francfort comme place financière ». Pour cela, il milite auprès du gouvernement fédéral mais aussi régional afin de mettre en place des mécanismes de soutien pour les start-ups de la finance, traduire des textes de loi et abandonner officiellement le projet d'une taxe sur les transactions financières. Un lobbying qui pourrait permettre à Francfort d’avoir une véritable longueur d’avance sur ses concurrents.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article