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La Banque nationale suisse provoque un krach boursier
Le franc suisse a pris 15% en quelques heures contre l’euro tandis que la bourse du pays perdait plus de 14%, après que la Banque nationale suisse a décidé d’abandonner le taux plancher de l’euro/franc suisse situé à 1,20. Cette politique de contrôle du cours de la devise helvète avait été mise en place le 6 septembre 2011, afin de limiter l’appréciation du franc suisse dans un contexte de forte aversion au risque, en pleine crise de la dette en zone euro. Personne ne s’attendait à cette décision ce matin, qui a créé un véritable choc sur le marché des changes, le franc suisse s’échangeant autour de 1,02 contre euro en début d’après-midi contre 1,2010 à l’ouverture des marchés.
« Cette annonce peut être qualifiée de cygne noir sur le marché, comme la volatilité est extrême sur le franc suisse », explique ainsi Adrian Raymond, analyste Daily FX chez FXCM. Selon Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank, il s’agit là d’un mini krach et la crédibilité de la BNS est désormais entamée. Certes, la banque nationale suisse avait prévenu en septembre 2011 que cette mesure de taux plancher ne serait que « temporaire ». Mais le fait que l’institution n’ait pas prévenu les marchés qu’elle pourrait y mettre fin ces dernières semaines, remet en cause sa stratégie de communication et sa capacité d’apaisement de son marché boursier.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette décision inattendue. Depuis début 2014 tout d’abord, la forte baisse de l’euro contre le dollar a entraîné une chute de la devise helvète contre billet vert, justement en raison du taux plancher. Selon l’analyste de FXCM en effet, la corrélation entre les deux devises s’est établie à 0,98 depuis 2012. La faiblesse de la devise suisse par rapport au dollar ne justifiait donc plus nécessairement une telle politique d’arrimage du CHF à l’euro. D’autant que celle-ci coûtait cher à la BNS. « La BNS a dû intervenir à plusieurs reprises en décembre pour empêcher que le seuil des 1,20 ne soit franchi ce qui a entraîné un gonflement de son bilan », explique encore Adrian Raymond. Son bilan a ainsi plus que triplé en quatre ans.
Mais selon plusieurs analystes, la fin du plancher résulte surtout de l’anticipation de la BNS du lancement d’un QE par la BCE dans une semaine. « On peut clairement appréhender la décision de la Suisse comme une action préventive juste avant que la BCE ne lance son programme de rachat de dette souveraine le 22 janvier prochain qui va encore un peu plus diluer la valeur de l’euro et faire échec à sa politique monétaire », explique ainsi Christopher Dembik. Selon Adrian Raymond, l’action de la BNS ce matin pourrait jusqu’à résulter d’une politique coordonnée entre les deux banques centrales. « La BNS pourrait elle aussi acheter des titres d’Etat de la zone euro. En novembre déjà, des rumeurs avaient circulé disant que les deux banques se préparaient à mener une action coordonnée », explique l’analyste change. Selon lui la décision d’aujourd’hui est certainement l’annonce de quelque chose de plus agressif en zone euro.
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