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L'euro bouc émissaire de Montebourg
Montebourg a décidément la critique facile, surtout lorsqu'il s'agit de sujets européens. Après avoir dénoncé la politique menée par le commissaire européen à la concurrence, le ministre du Redressement Productif s'en est pris cette fois à la monnaie unique. Dans une longue interview aux Echos ce matin, il dénonce la surévaluation de l'euro, qui pénalise l'industrie française et les exportations du pays. "Nous devons ouvrir une bataille politique contre l'euro", a-t-il déclaré. "Ce n'est pas la peine qu'on s'ingénie à faire des sacrifices si la politique monétaire détruit ceux-ci", déplorant que "les efforts historiques de baisse de coût du travail sur le CICE" aient eu si peu d'effets !
Les propos du ministre de l'Industrie sont pour le moins surprenant à plusieurs titres. D'une part parce que pour la première fois, un membre du gouvernement s'interroge directement sur le mandat de la BCE. Selon Montebourg, Francfort est arrivé "au bout de ses responsabilités d'agir selon la conception actuelle de son mandat", à savoir la stabilité des prix, puisque les baisses de taux successives n'ont pas permis de faire repartir les prix à la hausse. "Il faut désormais sortir du conservatisme et du conformisme". En d'autres termes, le ministre du Redressement Productif enjoint tout bonnement Mario Draghi de faire du financement monétaire via l'injection de liquidités, sur le modèle de la Réserve américaine.
Un avis partagé dans les plus hautes sphères de l'Elysée puisqu'Aquilino Morelle, conseiller politique de François Hollande, plaide également auprès du président pour une évolution du mandat de la Banque centrale européenne. Jusqu'à présent, Mario Draghi a toujours rétorqué qu'il n'était pas en son pouvoir de pratiquer une dévaluation de l'euro et qu'il refusait de pratiquer une guerre des changes. La question pourrait être de nouveau soulevée lors du prochain conseil des gouverneurs, puisque le sujet émane désormais d'un Etat national directement.
Le timing de l'intervention de Montebourg contre la surévaluation de l'euro est également surprenant puisque que selon les prévisions des analystes, la monnaie unique devrait baisser dans les mois qui viennent contre le dollar, en raison du changement de politique monétaire de la Fed. La diminution progressive des rachats de titres par la Réserve américaine devrait effectivement progressivement faire remonter le billet vert et inverser la tendance des deux dernières années. Sans aucune intervention de la BCE donc.
Certes, les propos du ministre du Redressement Productif interviennent alors que la France a publié vendredi un déficit commercial colossal de 61,2 milliards d'euros en raison d'une baisse des exportations, pour la première fois depuis 2009. Mais l'excuse de l'euro fort est un peu facile pour justifier à elle seule le déséquilibre de la balance courante française. Puisque l'Espagne, qui dispose de la même devise, a vu ses exportations augmenter de 3,8% sur un an et qu'elles représentent désormais 222 milliards d'euros. De bons résultats qui résultent d'importants gains de compétitivité réalisés par les entreprises espagnoles, grâce à une forte modération salariale facilitée par la réforme du marché du travail. La force de la monnaie unique n'a donc nullement gêné les ventes de produits espagnols à l'étranger, même s'il est vrai que le rééquilibrage de la balance commerciale espagnole résulte également d'une chute de la demande intérieure. Le colbertiste français ferait donc bien de mettre la priorité sur le rétablissement de la compétitivité des entreprises françaises, via un assoupissement du marché du travail, avant de demander à la BCE de changer son mandat.
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