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Sur les marchés / Politique monétaire
La BCE n'interviendra pas pour soulager le naufrage boursier des bancaires
L’ensemble des places boursières européennes rebondissait aujourd’hui dans le sillage des marchés asiatiques, après une semaine catastrophique. Mais la volatilité devrait rester très forte dans les prochaines semaines, alors qu’un nouveau coup de massue n’est pas impossible sur les places financières. Dans ce contexte mouvementé, les valeurs bancaires sont parmi celles qui sont le plus chahutées, l’indice des banques européennes ayant dévissé de plus de 28% depuis le début de l’année. Et les belles hausses de 3,5% et 4,6% aujourd’hui pour BNP Paribas et Société Générale n’ont pas permis de compenser leur effondrement depuis un mois et demi (elles ont respectivement perdu près de 21% et 30% depuis le 1er janvier).
Plusieurs éléments permettent de justifier ce krach que connaissant les valeurs bancaires, à commencer par leur lien avec le cycle économique. Les perspectives de croissance s’étant sensiblement détériorées, les banques pourraient connaître une baisse de leurs profits ; la Société Générale a d’ailleurs annoncé jeudi dernier lors de la présentation de ses résultats annuels qu’elle n’atteindrait pas son objectifs de rentabilité de 10% en fonds propres notamment en raison « de l’environnement économique et financier ».
Dans ce contexte dégradé, les économistes et agences de notation s’attendent à une hausse du taux de défaut des entreprises moins bien notées, qui pourrait affecter les banques propriétaires de dette de ces sociétés. Selon les analystes de Natixis, les banques espagnoles et italiennes sont de leur côté plombées par des niveaux de créances douteuses encore importants, hérités de la crise précédente, et qui inquiètent les investisseurs vu la conjoncture déjà dégradée.
Les taux d’intérêt négatifs sont un autre élément qui affecte les banques puisqu’elles ne peuvent pas passer ces taux négatifs aux dépôts de leurs clients, pesant ainsi sur leurs profits. « Les courbes des taux plats réduisent la profitabilité de l’intermédiation », explique Patrick Artus, de Natixis. Enfin le recul des revenus des activités de marché, avec la réduction de l’activité de trading et la faiblesse des émissions des entreprises sur les marchés en zone euro, a également pesé sur les banques du Vieux Continent depuis quelques mois.
S’il y a effectivement de nombreuses raisons pour lesquelles les profits des banques risquent d'être affectés, la réaction des marchés paraît exagérée, estiment les analystes de Natixis. D’une part parce que les banques de la zone euro ont fortement accru leurs fonds propres, leur ratio étant passé de 8,7% en 2010 à 12,6% aujourd’hui. D’autre part parce que l’Italie est en train de mettre en place une Bad Bank de 200 milliards d’euros pour sortir les prêts non performants du bilan des banques. Enfin côté américain, le recul cyclique aux Etats-Unis reste modéré et le pétrole devrait finir par rebondir en 2017, 35 dollars le baril ne représentant pas un prix d’équilibre.
« La dégradation de la situation des banques est moins grave que celle qui est perçue par les investisseurs », expliquent ainsi les analystes de Natixis. Selon eux, les banques centrales ne devraient donc pas tenter de soulager les banques, du moins pour le moment. La dégradation de la situation des banques n’a pour l’instant pas affecté le crédit, dont Francfort suit l'évolution de très près afin de vérifier que sa politique monétaire se transmet à l'économie réelle. Ensuite, la BCE devrait a priori à nouveau baisser son taux de dépôt lors de la prochaine réunion de politique monétaire, la priorité pour elle restant la reprise de l’inflation. Seule une forte détérioration du crédit et ou une reprise de l'inflation pourraient amener la BCE a modifier sa stratégie de politique accommodante et soulager les banques. Mais on est encore loin de cette situation, comme Draghi devrait le laisser entendre cet après-midi devant les parlementaires européens.
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