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Brexit : la question irlandaise fait de nouveau polémique
La livre était en baisse de près de 0,5% contre l'euro en milieu d'après-midi et s'échangeait à 1,13, alors que de nouvelles difficultés ont surgi au sujet de l'accord de retrait de la Grande-Bretagne de l'UE. Accord sur lequel les 27 Etats et le Royaume-Uni s'étaient pourtant entendus début décembre, ce qui devait permettre au pays d'entamer la phase deux des négociations sur l'avenir des relations commerciales avec l'UE. Mais voilà, la Commission a dévoilé à midi le document destiné à traduire en langage juridique le compromis du mois de décembre, et a ajouté quelques détails sur la frontière irlandaise, qui n'ont pas plu à la Première ministre britannique.
Le projet de traité propose ainsi que la province britannique de l'Irlande du Nord soit "complètement alignée avec l'Irlande, membre de l'UE, du marché unique et de l'union douanière", si toutefois aucune autre solution n'est trouvée. En d'autres termes, les Européens souhaiteraient que l'Irlande constitue une zone économique commune intégrée au reste de l'UE, l'excluant de fait du marché britannique qui, lui, sortira de l'UE. "Nous restons fidèles à tous les engagements pris en décembre mais le projet d'accord publié par la Commission, nuirait au marché commun britannique et menacerait l'intégrité constitutionnelle du Royaume-Uni, en créant une frontière douanière et réglementaire en mer d'Irlande et aucun Premier ministre britannique ne l'acceptera", a immédiatement réagi Theresa May, qui s'exprimait ce matin devant la chambre des Lords.
Le document publié par la Commission est potentiellement explosif pour la Première ministre, dont la majorité ne tient qu'à un fil et qui a négocié âprement avec le parti unioniste d'Irlande du Nord DUP pour obtenir son soutien au Parlement. Le DUP a d'ailleurs immédiatement réagi en déclarant que cette proposition était non envisageable car elle affaiblirait le statut de l'Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni. La Première ministre britannique va donc devoir rouvrir le sujet irlandais et clarifier sa position sur la frontière, entre le Nord et le Sud, qui avait manqué de faire dérailler les négociations avec l'UE en décembre.
Le texte de décembre avait finalement affirmé de manière assez vague, qu'il n'y aurait pas de rétablissement de frontière physique entre les deux pays, afin de respecter l'accord de Belfast de 1998, qui avait mis fin à 30 ans de conflit entre les deux régions. Une position diplomatiquement difficile à remettre en cause, mais inconciliable avec la volonté de la Première ministre de sortir de l'union douanière et du marché commun. Dans un courrier envoyé à Downing Street et que la chaîne Sky News s'est procuré hier soir, le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a de son côté estimé qu'il était tout à fait possible de rétablir une frontière "dure" entre le Nord et le Sud de l'Irlande et que cela n'empêcherait pas pour autant la circulation des marchandises. "Il est faux de considérer que la tâche consiste à ne maintenir 'aucune frontière'", a expliqué le ministre, connu pour la fermeté de ses positions sur le Brexit. "Même si une frontière dure est réintroduite, nous nous attendons à ce que plus de 95 % des marchandises passent la frontière sans contrôles douaniers", écrit-il, estimant que la perception de l'importance des contrôles aux frontières extérieures de l'UE était "exagérée".
Face à la fronde du gouvernement britannique, le négociateur en chef du Brexit côté UE, Michel Barnier a demandé à la Grande-Bretagne de proposer des solutions alternatives sur le sujet irlandais. "Je connais l'ordre institutionnel ou constitutionnel du Royaume-Uni, et nous devons tous le respecter (...). Nous essayons de manière pratique et pragmatique dans le cadre des lois de trouver des solutions", a-t-il affirmé lors de la conférence de presse à Bruxelles suivant la publication du projet de loi. La Première ministre pourrait proposer ses options sur le sujet ce vendredi. Mais elle risque d'avoir du mal à réconcilier toutes les parties prenantes, tant la frontière irlandaise est un sujet brûlant pour le pays. Les négociations pourraient donc de nouveau prendre du retard en raison de la question irlandaise, que le gouvernement essaye depuis le début des négociations sur le Brexit de faire passer sous le tapis.
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