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La Banque du Japon entame la guerre des changes
Le gouverneur de la banque centrale du Japon a surpris les observateurs de marchés et Bourses mondiales cette nuit, en annonçant une baisse soudaine du taux de dépôt au jour le jour de 20 points de base, à -0,10%. Kuroda avait pourtant affirmé la semaine dernière que l’utilisation de taux d’intérêt négatif pour relancer l’inflation et soutenir la croissance de son pays, n’était pas envisagée par les membres de la banque centrale. Sa décision a eu un effet immédiat sur le yen, qui perdait plus de 1,15% contre l’euro en fin de journée à 0,76, tandis qu’il baissait de 2,2% contre le dollar, à 0,008.
Le gouverneur a justifié la baisse du taux de dépôt par un renforcement des incertitudes économiques, avec des prévisions de croissance dans l’ensemble de la région asiatique en baisse, et mentionné l’effondrement des cours du pétrole, qui a largement pesé sur les perspectives d’inflation du pays : celle-ci devrait tout juste atteindre 0,8% cette année selon les dernières prévisions du gouvernement japonais.
Selon Kohei Iwahara, analyste chez Natixis, l’objectif de cette première baisse (le gouverneur a déclaré que d’autres pourraient suivre en fonction de l’évolution de la conjoncture) sera de renforcer le programme de rachat de titres QQE2 (quantitative and qualitative easing, pour 80 000 milliards de yens par an) mis en place par Kuroda en octobre 2014 et ainsi renforcer le mécanisme de transmission de sa politique monétaire. Mais selon l’analyste, la baisse du taux de dépôt ne devrait pas entraîner immédiatement de reprise du crédit, mais principalement faire baisser la devise nippone. « Cette décision souligne les limites du QQE2 et la volonté du gouverneur de réduire la dépendance de sa politique monétaire aux rachats de titres », estime pour sa part James Smith, analyste chez ING.
L’impact le plus direct sera certainement la chute du yen, ce qui devrait permettre de renforcer la compétitivité japonaise et les exportations du pays. Mais selon Ken Wattrett, analyste chez BNP Paribas, l’annonce de Kuroda la nuit dernière va surtout renforcer la pression à la hausse sur l’euro. D’autant que le yen est surreprésenté dans le panier de 38 devises (NEER 38) pris en compte par la BCE pour calculer le taux de change nominatif effectif de la monnaie unique. Le yen pèse ainsi 5,5% de ce panier, bien que les exportations européennes avec l’île du levant ne représentent que 2% du total des ventes de la zone euro à l’étranger. « La bataille des changes a commencé, », explique ainsi l’analyste de BNP Paribas. Selon lui la décision de Kuroda a renforcé la probabilité de voir Draghi renchérir lors de la prochaine réunion des gouverneurs en mars, et abaisser à son tour le taux de dépôt.
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