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Brexit : Theresa May fait marche arrière sur l'union douanière

Downing Street a affirmé que la Grande-Bretagne quitterait définitivement l'union douanière, contrairement à ce qu'avaient affirmé plusieurs ministres et députés la semaine dernière. Quelles sont les options restantes pour permettre au pays de continuer à commercer avec l'UE ?
Union bancaire - illustration
Union bancaire - illustration

Le gouvernement britannique continue de se décrédibiliser en affichant son manque d'unité et de clarté sur ce qu'il entend négocier avec l'UE, au sujet du Brexit. Selon le Daily Telegraph, Downing Street a en effet exclu la possibilité de rester au sein de l'union douanière, quelques jours après que des ministres ont affirmé l'inverse. Selon la source citée par le quotidien ce week-end, "la Grande-Bretagne possède d'excellentes entreprises et nous voulons renforcer leur capacité d'exporter. Nous ne voulons pas faire quelque chose qui limiterait leur capacité de vendre, et donc cela n'est pas notre stratégie de rester dans l'union douanière".

Des propos qui viennent contredire ceux de la ministre de l'Intérieur Amber Rudd, qui a affirmé la semaine dernière que les conseillers du gouvernement tentaient de trouver une solution pour que le pays reste dans l'union douanière pour le commerce des biens. Ce que souhaiteraient de nombreux députés anglais europhiles, qui plaident pour amender les lois concernant le commerce et les douanes du pays, afin de contraindre la Première ministre à rester dans l'union douanière. Rappelons que l'union douanière de l'UE, entrée en vigueur en 1968, permet à l'ensemble des pays de l'UE d'appliquer un système uniforme pour traiter les marchandises (aussi bien importations, exportations que transit) grâce au Code des douanes de l'Union, contrôlé par la Commission et par 28 services nationaux agissant sur le terrain de manière coordonnée. Elle est l'une des pierres d'angle du marché unique (avec la liberté de circulation des personnes et des capitaux), marché que la Première ministre s'était engagée à quitter dès le début de son mandat en juin 2016.

Il existe actuellement quelques Etats non membres du marché unique mais faisant partie de l'union douanière, dont la Turquie et l'Andorre. En négociant ce même statut, les exportateurs britanniques et européens ne seraient pas soumis à des tarifs douaniers pour échanger leurs marchandises et les formalités de douanes seraient réduites au minimum. Mais, et c'est pour cette raison que la Première ministre a dû faire marche arrière, afin d'obtenir le même statut que la Turquie, la Grande-Bretagne devra harmoniser les normes de ses produits pour les marchandises concernées, avec celles de l'UE et perdrait le droit de fixer ses droits de douane dans ces domaines comme bon lui semblerait.

Une voie intermédiaire citée par The Times et qui serait également à l'étude au sein du Brexit Cabinet (le "sous gouvernement" chargé de plancher sur le sujet) serait de rester au sein de l'union douanière pour une période limitée mais allant au-delà des 22 mois de transition. Selon Paul Hollingsworth, économiste chez Capital Economics, si ceci signifiait que la Grande-Bretagne devra tout de même demander le statut de "pays tiers" (selon les règles régies par l'OMC ou par des accords bilatéraux), et retardait la possibilité pour le pays de négocier sa propre politique commerciale, cela lui permettrait cependant de soutenir certains secteurs tels que l'automobile (qui sera l'un des plus pénalisés une fois que les barrières douanières auront été rétablies), tout en permettant au pays de commencer à mettre en place des accords commerciaux avec d'autres pays concernant le secteur des services (puisque l'union douanière ne s'y applique pas). 

Cet aller-retour du gouvernement sur le sujet de l'union douanière souligne en tout cas toute l'ambiguïté de la position britannique, qui souhaite à la fois conserver la liberté de circulation des capitaux et des accords douaniers avantageux, tout en revendiquant sa volonté de sortir du marché unique. Selon l'ancien ministre travailliste des Affaires européennes Denis MacShane, cité par Les Echos, « cela revient à vouloir le beurre et l'argent du beurre ». « Mais le gouvernement subit actuellement une énorme pression du capitalisme britannique, terrifié par l'idée de devoir faire contrôler par la douane les millions de produits entrant au Royaume-Uni depuis l'UE ». Une situation ubuesque donc, où les forces politiques ne souhaitent pas assouplir leur position par idéologie alors qu'une grande partie du tissu économique britannique redoute les conséquences pratiques d'une sortie pure et simple de l'union douanière. 

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