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Grèce : Draghi maître du jeu
Le président de la BCE va une fois de plus devoir sortir de la réserve que lui confère son poste et prendre une décision hautement politique cette semaine : car la survie de la Grèce dépend entièrement de la perfusion que lui accordera Francfort via le système de liquidité d’urgence mis en place en février dernier. La semaine dernière, Mario Draghi avait décidé de geler ce fameux ELA (Emergency Liquidity Assistance) jusqu’au résultat du referendum, plafonnant le système à hauteur de 89 milliards d’euros et contraignant le pays à instaurer un contrôle de capitaux pour empêcher une fuite des dépôts.
Le conseil des gouverneurs se réunit cet après-midi pour décider d’augmenter ou non le plafond, conformément à la requête du premier ministre. S’il y a peu de chance pour que les responsables de Francfort acceptent cette requête, la BCE devrait tout de même maintenir le système tant que des négociations avec les Etats européens sont en cours. « Il est probable que la BCE va patienter aujourd’hui avant de changer quoi que ce soit dans sa position vis-à-vis des banques grecques, le temps d’y voir plus clair sur les chances d’aboutir à un accord politique », explique Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo. Carsten Brzeski de chez ING partage le même avis et estime que la BCE devrait éviter de hâter l’effondrement du pays et maintenir l’ELA aux niveaux actuels, le temps que les européens négocient.
Une décision qui ne sera pas sans conflit ou heurt pour autant, puisqu’une partie de l’opinion allemande estime que la BCE ne respecte plus ses propres règles : l’ELA est en effet normalement autorisé pour les Etats dont les banques sont solvables. Or il est difficile de dire que c’est encore le cas en Grèce puisque l’Etat a dû imposer un contrôle des capitaux pour éviter que les dépôts des banques n’achèvent de se vider. Et, selon les analystes de Natixis, en partant du principe que chaque Grec a un compte bancaire et a retiré 60 euros par jour la semaine dernière, les retraits devraient avoir atteint 1,7 milliard de lundi à vendredi dernier, soit l’équivalent de la dernière hausse du plafond de l’ELA le 26 juin.
La BCE pourrait cependant accepter de transgresser un peu plus ses règles pour éviter un risque de contagion aux autres pays du Sud, avec notamment un écartement des spreads. Or c’est déjà ce qui est en train de se passer : ce matin les titres espagnols et italiens à dix ans se tendaient de 11 points de base, à 2,32% et 2,35%, tandis que le Bund allemand se contractait de son côté de 11 pb pour atteindre un plus bas d’un mois, à 0,732%. « Il ne devrait pas y avoir de hausse du plafond de l’ELA à moins que les spreads commencent à s’écarter, indiquant le début d’une propagation », expliquent les analystes de la Société Générale ce matin. « Dans cette situation, nous pensons que la BCE a les bons outils pour éviter une propagation de la crise » poursuivent-ils.
Quoi qu’il en soit, la patience de Mario Draghi ne saurait être infinie : la BCE devra être remboursée de la Grèce le 21 juillet. Le pays devra alors verser 3,5 milliards d’euros à Francfort, au titre des achats de titres de dette dans le cadre du SMP (Securities Market Programm) instauré en 2010 au moment du déclenchement de la crise grecque ! Dans les circonstances actuelles, le pays n’a pas du tout les moyens de payer ces échéances. Si la BCE n’est pas remboursée, elle devra mettre fin au système de liquidité d’urgence et ne pourra plus prétendre que les banques sont encore solvables. Il reste donc une dizaine de jours au pays pour éviter la faillite du système bancaire.
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