Macro-économie / Taux / Macro-économie
Macro-économie / Taux
Macro-économie
Réforme fiscale US : coup de pouce aux salaires ou Président des riches ?
Donald Trump sait que la crédibilité de son début de mandat ne tient plus qu’à deux mots : réforme fiscale. C’est la raison pour laquelle après un déjeuner avec le porte-parole des républicains au Sénat, Mitch McConnell, les deux hommes ont affirmé vouloir passer ce grand chantier législatif d’ici la fin de l’année. Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres : les comités chargés de rédiger les textes n’ont pas encore commencé leurs travaux, et l’agenda législatif comporte d’autres priorités, comme le vote sur le budget 2018. Si bien que certains sénateurs républicains, dont l’ancien candidat à la présidentielle Ted Cruz, suggèrent que les 1 500 milliards de dollars de coupes fiscales seront plutôt votés en début d’année prochaine.
Ted Cruz fait partie de ceux qui plaident pour « des coupes fiscales sans remords » et appellent à aller encore « plus loin et plus fort », afin de susciter un sursaut de croissance économique, et par conséquent de financer ce coûteux chantier. Et de faire valoir cette priorité : « le plan va-t-il améliorer les perspectives des actifs hommes et femmes ? ». Pour répondre à cette question, le Comité des Conseillers Economiques de la Maison Blanche a publié ce mardi un rapport dans lequel il estime qu’une baisse de 35% à 20% de l’impôt sur les sociétés permettrait aux ménages américains d’enregistrer une hausse moyenne de leurs revenus de 4 000 dollars par an, un montant qui pourrait même aller jusqu’à 9 000 dollars annuels dans le meilleur des cas. Ce coup de pouce entrerait en vigueur au bout de quatre ans après l’adoption de ces mesures, et aurait son plein effet après un délai de sept ans. Le chef économiste de la Maison Blanche, Kevin Hassett, a également suggéré qu’une telle réforme entraînerait la croissance annuelle de 3% promise par Donald Trump.
Ces projections ont donné lieu à d’intenses débats car elles partent du postulat selon lequel plus de la moitié, voire les trois quarts de la charge fiscale dans certains cas, est supportée par les salariés. Or, ce tribut était estimé à 18% dans un rapport du Département du Trésor daté de 2012, et le comité bipartisan chargé des questions fiscales au Congrès l’évalue quant à lui à 25%. Le gouvernement part du principe que l’enveloppe record de 1 800 dollars de profits détenus à l’étranger par les entreprises américaines est un frein majeur à la création d’emplois aux Etats-Unis, et profite majoritairement aux actionnaires, via la distribution de dividendes.
Mais le rapatriement du cash dans le territoire américain va-t-il profiter aux salariés américains ? L’Histoire ne permet pas vraiment d’affirmer que cet argent est converti en investissements, et les investissements ne sont pas forcément créateurs de main-d’œuvre. Ainsi en 2004, l’amnistie fiscale de 150 milliards de dollars accordée par l‘administration de George W. Bush a résulté en 21 000 suppressions d’emplois. Larry Summers, l’ancien secrétaire d’Etat au Trésor sous Bill Clinton, a sans surprise fustigé cette estimation du revenu additionnel pour les ménages, qu’il considère comme « une absurdité ». Celui-ci a pointé du doigt la décorrélation entre la hausse de 10% des profits enregistrés par les entreprises américaines sur un an, et celle des salaires, qui n’ont gagné que 0,5% sur cette période.
La réforme fiscale pourrait-elle initier le rebond d’inflation tant attendu par la Fed, en particulier sur les salaires ? C’est le pari que souhaite faire l’administration Trump, ce qui devrait en tout cas ravir Wall Street. Président des riches, vous avez dit ?
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

