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La bonne dynamique du crédit en zone euro va compliquer la décision de Draghi
La politique monétaire menée par Mario Draghi pour relancer le crédit fonctionne plutôt bien, si l’on en croit les chiffres dévoilés ce matin par la BCE : ainsi, les prêts au secteur privé (retraités des titrisations) ont progressé de 0,6% en moyenne au mois de janvier dans la zone euro, contre 0,4% en décembre. Les chiffres sont particulièrement bons du côté des ménages puisque les prêts qui leur on été accordés ont progressé de 1,4% en janvier (soit le même niveau qu’en décembre), tandis que ceux au entreprises non financières ont grimpé de 0,6%, contre 0,1% un mois plus tôt.
Si les chiffres par pays ne sont pas encore connus et seront dévoilés, pour la France, le 2 mars prochain, la tendance devrait rester la même qu’en 2015, à savoir une belle dynamique du crédit côté français. Dans l’Hexagone, les prêts aux entreprises non financières ont ainsi progressé de 4,1% l’an passé, soit une accélération par rapport à 2014, où ils avaient augmenté de 2,2%. La progression du crédit aux sociétés non financières en France a été la plus élevée des grands pays européens l’an passé, alors qu’elle a atteint 1,4% en Allemagne et était encore en territoire négatif pour l’Espagne et l’Italie (-1,3% et -0,7% sur 2015).
Plusieurs éléments permettent d’expliquer les bons chiffres de l’Hexagone : la robustesse des crédits accordés aux PME tout d’abord, qui ont progressé de 2,2% l’an dernier, et des prêts de trésorerie aux grandes entreprises relativement importants en fin d’année dernière et destinés à des opérations de fusions acquisitions. « La France est en avance par rapport à l’Espagne ou l’Italie car il n’y a pas eu de restriction du crédit du côté des banques grâce à la vigilance des autorités et à la particulière solidité de leur situation financière », explique ainsi Jacques Fournier, directeur général des statistiques de la Banque de France. La situation du crédit se redresse tout de même progressivement en Espagne et en Italie, où les niveaux de prêts étaient encore en baisse de 6% et 2% en 2014. La comparaison de la situation de crédit en France avec l’Allemagne est un peu différente puisque le niveau d’autofinancement des entreprises outre-Rhin est beaucoup plus important que dans l’Hexagone.
Les chiffres dévoilés aujourd’hui ne vont pas faciliter la tâche de Draghi lors de la prochaine réunion de la BCE le 10 mars, alors que le président a laissé entendre lors de la dernière conférence de janvier qu’il pourrait « reconsidérer si nécessaire l’orientation de sa politique monétaire », dans un contexte d’incertitudes financières accrues. Les marchés anticipent donc des mesures d’assouplissement monétaire supplémentaires de la part de la BCE dans deux semaines, et seraient certainement déçus si aucune annonce n’était dévoilée. La bonne dynamique du crédit pourrait en effet être un argument défendu par les plus frileux du conseil des gouverneurs, pour maintenir le statu quo. « Le président Draghi peut se targuer du succès de la reprise du crédit depuis un an et demi, alors que le coût du crédit a baissé de 75 points de base sur cette même période, et même de 100 pb et 140 pb pour l’Espagne et l’Italie », explique ainsi Teunis Brosens, analyste chez ING. Selon lui, les "faucons" de la BCE pourraient donc déclarer que les mesures de politique monétaire actuelles sont suffisantes et que des développements supplémentaires seraient contre-productifs. « Mais les plus 'dovish' pourraient de leur côté affirmer qu’une croissance d’à peine 1% du crédit reste insuffisante pour faire repartir la croissance en zone euro » , conclut-il.
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