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Ralentissement allemand, une menace pour la croissance française

La France serait directement impactée par un ralentissement de l’Allemagne, son premier partenaire commercial, alors que l’OCDE a sensiblement révisé les prévisions de croissance outre-Rhin et que le pays a dévoilé plusieurs indicateurs décevants.
Merkel Hollande
Merkel Hollande

Le ralentissement allemand sera-t-il la principale mauvaise nouvelle de 2016 ? L’OCDE a en tout cas sensiblement abaissé ses perspectives de croissance pour le pays jeudi dernier, de 0,5 point et 0,3 point pour les deux années à venir. Soit une croissance de 1,2% en 2016 et 1,5% en 2017, contre 1,4% en 2015. Signe de cette dégradation de la conjoncture outre-Rhin: l’indice IFO du climat des affaires allemand pour le mois de février est ressorti hier à 107,3 contre 105,7 en janvier, soit un plus bas depuis décembre 2014 et la plus forte contraction depuis 7 ans. Les entreprises interrogées ont notamment cité les récents soubresauts boursiers et le ralentissement chinois comme principaux motifs de leur inquiétude.

Hasard de calendrier, l’Allemagne publiait hier également sa dernière estimation de PIB pour le quatrième trimestre 2015, révélant une nette détérioration de ses exportations, en baisse pour la première fois depuis 2012. De quoi conforter les craintes des entreprises du pays. "L'indice IFO est l'horloge du cycle économique allemand (...) Son repli depuis deux mois a réveillée la crainte d'un freinage à venir, risquant de contaminer le reste de la zone euro", explique ainsi Bruno Cavalier, d'Oddo.

Selon les analystes, cette croissance décevante provient principalement de menaces pesant sur le modèle traditionnel de croissance en Allemagne. Ainsi du côté de l'offre, le pays souffre de la stagnation des gains de productivité, avec une pause dans la progression de sa production industrielle et de la croissance rapide des salaires, alors que le pays s’était jusque-là démarqué par la modération des revenus. Tous ces éléments ont entraîné une dégradation de la compétitivité-coût et de la profitabilité des entreprises du pays. Du point de vue de la demande, l’Allemagne devrait pâtir du recul de ses exportations, alors que l’Asie et la Chine représentent un poids important dans la structure de son commerce extérieur (les exportations vers la Chine ont représenté plus de 70 milliards d’euros en 2015), même si l’Europe représente son principal partenaire commercial. "Le dernier rapport de la Bundesbank souligne que la faiblesse de la demande hors d'Europe est à surveiller", note encore Bruno Cavalier.

Quand dans le même temps, le niveau d’épargne des allemands continue de progresser, il ne reste que les dépenses publiques pour faire repartir la machine de façon plus dynamique. Celles-ci ont progressé en 2015 en raison de l’afflux massif de réfugiés, mais cela n’a pas empêché le pays de dévoiler ce matin un excédent public de 19,4 milliards d’euros, soit 0,6% du PIB. Le modèle traditionnel de croissance allemande, tiré par la compétitivité, l'investissement et les exportations, est donc remis en cause et risque d'affecter les autres économies de la zone euro.

La France en serait la principale victime, même s’il est difficile de calculer l’impact exact d’une baisse de 0,5 point côté allemand (selon les révisions de l'OCDE) sur la croissance française. « Globalement, les éléments qui pourraient pénaliser l’Allemagne sont aussi des facteurs qui risquent de perturber l’économie française et il faudrait donc une modélisation très fine qui permette de séparer les facteurs propres au ralentissement allemand sur la croissance française », explique ainsi Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis AM. Selon les estimations d'un autre économiste cependant, en faisant l'hypothèse conventionnelle d'une élasticité de 2 des importations au PIB, un choc de 0.5 point de PIB allemand se traduirait par 1% d'importations en moins pour la France. Sachant que l'Allemagne représente 17% des exportations françaises, "un ralentissement de 1.0 point des importations allemandes provoquerait ainsi 0.03 point de ralentissement de l'activité en France", estime ainsi l'économiste.

« Si le choc économique affecte de façon marquée la demande intérieure allemande, alors les exportations françaises seraient directement pénalisées », explique encore Philippe Waechter. Dans ces conditions, la France ne devrait pas parvenir à réaliser les 1,5% de croissance visés par le gouvernement cette année. « Il manque une source d’impulsion pour faire repartir la croissance en zone euro et les chiffres risquent d’être décevants cette année. En France, on ne devrait pas dépasser les 1,2% », termine Philippe Waechter.

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