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Un LBO français à 1,5 milliard d'euros pour finir l'année
L’annonce faite l’avant-veille de Noël est passée presque inaperçue, et pourtant, il s’agit d’une des plus importantes opérations de private equity de l’année en France. Elle concerne Fives, l’ancien Fives-Lille, un groupe industriel bicentenaire qui vit une deuxième jeunesse depuis le début des années 2000, sous l’égide des fonds de private equity. Actionnaire à 45% depuis 2012, Ardian vient de céder l’essentiel de sa part à deux institutionnels canadiens : la Caisse des Dépôts et Placement du Québec (CDPQ), qui prend 30%, et le fonds de pension canadien, Investissements PSP – mais tous trois restent minoritaires au capital. Le management reste de son côté majoritaire. Une sortie partielle qui clôture une histoire de 13 ans entre le fonds présidé en France par Dominique Gaillard et la société, qui a multiplié son chiffre d’affaires par 7 pendant cette période, à plus de 1,8 milliard d’euros. Selon des sources proches du dossier, la valorisation atteindrait 1,5 milliard d’euros.
Cette opération démontre la réussite d’un pur fleuron industriel français, qui depuis sa sortie de cote en 2000, s’est transformé en un champion international et innovant, à la pointe des nouveaux métiers générateurs de valeur ajoutée. Né il y a tout juste 200 ans, Fives s’est en effet développé comme un acteur essentiel du transport et du fer, participant au développement des locomotives à vapeur ou à la construction de monuments mythiques français, comme le Pont Alexandre 3 ou le Musée d’Orsay.
Mais après avoir frôlé le dépôt de bilan dans les années 70, et passé quelques années sous l’égide de Paribas venu à la rescousse, le groupe renaît ensuite de ses cendres en adoptant une politique d’innovation tournée vers l’international. Arrivé à la tête du groupe en 1997, Frédéric Sanchez met en œuvre avec enthousiasme ces deux stratégies : le groupe rachète des cibles aux Etats-Unis et dans les pays émergents, si bien que 70% de son chiffre d’affaires est désormais réalisé hors d’Europe, dont 30% en Amérique du Nord. Par ailleurs, il décide de doubler les budgets de R&D afin d’être à la pointe de l’innovation et de proposer « l’industrie du futur » à ses clients, les grands mastodontes industriels à la recherche de leur métier de demain.
Une telle vision à long terme est impossible à défendre en Bourse, avec les contraintes de distribution et de publication trimestrielle. Et Fives-Lille – qui deviendra Fives en 2007 –décide alors de sortir de Bourse et trouve des actionnaires bienveillants, grâce au private equity. Le premier LBO orchestré par Industri Kapital en 2000 est débouclé quatre ans plus tard, lorsque Equistone Partners prend le relais, accompagné par Ardian, mais il cède quasiment l’intégralité de sa participation en 2006 à Charterhouse. La crise passe alors par là mais le fonds anglo-saxon ne lâche pas prise, reste au capital un peu plus longtemps que prévu et n’organise sa sortie qu’en 2012, où Ardian reprend le flambeau pour 800 millions d’euros, soit environ le même prix que six ans plus tôt.
En misant sur la R&D, le nouvel actionnaire a lui aussi contribué à développer les nouveaux services comme l’automatisation des entrepôts et la création d’une plateforme d’impression 3D métallique, via une joint-venture avec Michelin. Tout en mettant la main sur des experts reconnus à l’étranger, dans de nouveaux territoires, si bien que le groupe emploie désormais 8.600 personnes dans une trentaine de pays. Une pépite industrielle et innovante qui a vu son prix quasiment doubler sous l’égide d’Ardian, qui réalise ici une très belle plus-value pour clôturer l’année, sans parler du management actionnaire.
Du côté des institutionnels canadiens, l’opération est emblématique de l’activisme de ces géants financiers- 286 et 185 milliards de dollars sous gestion, respectivement - et de leur volonté d’investir en direct, notamment dans de beaux fleurons industriels tels que Fives. Avec ce cinquième LMBO en France, tous deux ont ici la parfaite opportunité de démontrer leur capacité à générer de la valeur dans le non coté, aux côtés d'un management de choc.
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