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Air France-KLM: retour à la case départ, il faut encore réduire la voilure
Alexandre de Juniac n'aurait jamais imaginé présenter de tels résultats annuels il y a encore six mois. A l'époque, Air France-KLM avait enregistré une hausse de 2,5% de son trafic passagers au premier semestre 2014 et anticipait encore un Ebitda de 2,2 à 2,3 milliards d'euros, certes déjà contracté par les surcapacités. Mais la grève des pilotes de septembre dernier, qui s'est transformée en bras de fer avec la direction de la compagnie aérienne, a réduit à néant tous les difficiles efforts de restructuration déjà entrepris le groupe.
Résultat: le groupe a enregistré une contraction de 2,4% de son chiffre d'affaires annuel, qui aurait été stable (+0,3%) sans cet impact et à taux de change constants. Pire, l'Ebitda a plongé de 14% à 1,58 milliard d'euros, alors qu'il aurait dépassé les 2 milliards d'euros hors effet de la grève. Par conséquent, le résultat opérationnel d'Air France-KLM plonge dans le rouge à 129 millions d'euros, au lieu de frôler les 300 millions d'euros.
Et le groupe, qui avait couvert 60% de ses besoins en pétrole pour 2015 et 20% en 2016 et pâtit en outre de la baisse de l'euro pour les financer n'a finalement pas tant bénéficié que cela de la baisse du prix du brut. Il a ainsi accusé près de 200 millions d'euros de perte nette annuelle et a repoussé d'un an, à fin 2015, le retour à l'équilibre tant attendu. Et a continué de brûler du cash, avec un free cash flow d'exploitation négatif de 164 millions d'euros. Un gâchis qui doit donner du vague à l'âme, étant donné les drastiques économies de coûts qui avaient été engagées depuis maintenant trois ans.
Mais il faut repartir de l'avant, et Alexandre de Juniac s'est donc déjà engagé à réajuster le plan Transform 2020 présenté en septembre dernier, dans ce contexte très difficile. Le groupe a ainsi décidé de réduire de 600 millions d'euros ses investissements, à moitié entre 2015 et 2016, et ambitionne de réduire ses coûts unitaires de 1,5% par an en moyenne entre 2015 et 2017, contre 1 à 1,5% estimés auparavant. Pour cette année, Air France-KLM anticipe de réaliser entre 250 et 350 millions d'euros d'économies, de quoi faire revenir la dette à 5 milliards d'euros, alors qu'elle avait légèrement augmenté à 5,4 milliards d'euros l'an passé. Et outre le plan de départs volontaires de 800 salariés annoncé en janvier, d'autres viendront en temps et en heure, comme le rappelle le P-dg dans les colonnes du Monde: "Les 800 suppressions de postes ne sont sans doute pas les dernières".
Faute de ne pouvoir donner aucun élément chiffré pour les prévisions 2015 tant l'incertitude règne, Alexandre de Juniac a néanmoins souhaité mettre en exergue les axes de développement du groupe. Il a ainsi rappelé qu'un milliard d'euros seront consacrés à la montée en gamme des Boeing 770 et a indiqué qu'Air France-KLM était à la recherche d'un partenaire asiatique, sur le modèle de sa joint-venture avec Delta, qui a dégagé 13 milliards de dollars de revenus pour une rentabilité à deux chiffres. Un exemple qui devrait aussi être utilisé pour finaliser son alliance avec Etihad au Moyen-Orient.
En attendant, la Bourse n'a retenu qu'une rentabilité négative et le manque de perspectives, dans un "environnement commercial dégradé depuis l'été". Le titre a dégringolé de plus de 6% en séance à 7,1 euros, retrouvant son niveau de novembre dernier. "L'environnement reste très difficile. Le pétrole sera moins bénéfique qu'attendu", a relevé Kepler Cheuvreux, qui n'exclut pas de nouvelles baisses de son objectif de cours.
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