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Macro-économie
A l'inverse de la France, Obama favorise une politique de la demande
"L'ombre de la crise est passée", "Les Etats-Unis créent des emplois au rythme le plus rapide depuis 1999" ou encore "les salaires commencent à augmenter enfin"... Barack Obama n'a pas boudé son plaisir lors de son discours sur l'état de l'union hier soir. Outre ses positions sur une intervention militaire contre Isis, la cyber-sécurité ou encore le renouveau des relations avec Cuba, ce dernier s'est longuement attardé sur ses propositions fiscales en vue de mieux redistribuer les richesses.
Le président américain avait fait fuiter cette information sensible dès le week-end dernier, et bénéficié d'un timing favorable, avec la sortie du rapport de l'Oxfam selon lequel les 1% des plus riches dans le monde détiendront plus de la moitié de la richesse mondiale dès l'an prochain. Ce projet consiste d'une part à relever le taux maximum d'imposition, pour des couples gagnant au moins 500 000 dollars par an, à 28% contre 25% auparavant. Mais aussi à réintroduire la taxation des gains de capitaux dans le cas d'héritages. Ces dispositions permettraient, selon la Maison-Blanche, d'engranger 320 milliards de dollars sur dix ans. D'autre part, le président souhaite réallouer une partie de ces sommes aux classes moyennes, via des crédits d'impôts ou encore l'instauration de la gratuité des universités publiques. "Luttons ensemble contre la faille du système qui permet aux 1% les plus riches de payer peu ou pas d'impôts", a-t-il lancé à un Congrès à majorité républicaine.
Barack Obama tire sans aucun doute bénéfice du redressement de l'économie américaine et de la chute du baril, favorable au pouvoir d'achat des ménages, afin de reprendre la main sur le débat public. De fait, depuis que le Congrès est passé sous la coupe des républicains, il a multiplié les propositions choc, comme la légalisation de 5 millions de travailleurs immigrés ou encore le rétablissement de relations diplomatiques avec Cuba. Si bien que ses adversaires politiques se retrouvent paradoxalement plus souvent en position de défense, comme aujourd'hui. Certes, ces projets fiscaux, ainsi que celui visant à instaurer une taxe de 7 points de base sur les 100 principales banques afin de les empêcher de prêter à outrance, ont toutes les chances de rester lettre morte, car le Congrès républicain voit rouge.
Mais Obama n'en a cure car il voit à plus long terme. A moins de deux ans de son départ de la Maison-Blanche, il veut laisser son empreinte et orienter le débat public en vue des prochaines présidentielles. Dans une économie qui a crû à un rythme annuel de 3,9% au troisième trimestre et où le chômage est à un plus bas de six ans et demi, à 5,6%, la stagnation des salaires est le principal handicap, qui fait dire à certains qu'il s'agit d'une "wageless recovery" malgré les propos optimistes du président. Ce dernier a donc pour objectif de booster le pouvoir d'achat des classes moyennes afin d'y remédier.
Mais il semble ici contrer les effets, alors qu'il pourrait s'attaquer aux causes, à savoir les profits des entreprises minés par une fiscalité parmi les plus élevées du monde, et qui ont donné lieu à des opérations M&A dites d'inversions, afin de se délocaliser vers des territoires plus favorables au plan fiscal. Libéraliser, simplifier le carcan des corporates par une politique de l'offre, c'est bien ce à quoi s'attelle la loi Macron, qui vient de passer un cap à l'Assemblée Nationale. Il est vrai que la France ne connaît pas le même souffle de croissance et rebond d'emplois, et doit s'attaquer à des blocages et un chômage structurel au plus haut. L'égalité des chances est un concept que François Hollande aurait bien aimé défendre au cours de son quinquennat. Mais c'est un Barack Obama qui a retrouvé un pic de popularité, et n'a plus rien à perdre dans un pays en plein renouveau, qui peut aujourd'hui se permettre de lancer au peuple américain: "le verdict au plan économique est clair". De quoi faire des envieux.
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