WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Politique économique / Politique économique

Politique économique
Politique économique

Dérive des finances publiques: la dette française risque -t-elle d'être attaquée?

La France n’a pas tenu son engagement de 4,1% de déficit en 2013 et la dette atteint un record. L’OAT risque d'être délaissée des investisseurs au profit de l’Italie, dont la dette est aussi liquide et les rendements plus intéressants.
Pierre Moscovici
Pierre Moscovici

Nouveau coup de massue pour le gouvernement. Après la forte hausse des chiffres du chômage dévoilés la semaine dernière et le cuisant échec des élections de ce week-end, l’INSEE a publié aujourd’hui les chiffres définitifs de la dette publique pour 2013. Le ministère des Finances a immédiatement réagi en se félicitant de la baisse du déficit, qui est passé de 4,9% du PIB en 2012 à 4,3% en 2013. Une façon de prendre les devants puisqu’en réalité, le gouvernement n’a pas tenu l’objectif qu’il s’était fixé auprès de Bruxelles, de 4,1% du PIB pour 2013. « Au total, le déficit public nominal a été réduit de 1 point en deux ans », se défend Bercy. Sachant que la loi de finance initiale de l’automne 2012 prévoyait de ramener celui-ci à hauteur de 3% du PIB ! Et qu’il y a un an, lorsque la France a obtenu deux ans de plus de la Commission pour revenir dans les clous, elle avait promis d’atteindre 3,7% du PIB en 2013.

Résultat, la dette a atteint à la fin de l’année dernière 93,5% du PIB, ou 1925 milliards d’euros, soit une hausse de 2,9 points par rapport à 2012 ! Principales raisons de ce dérapage: l’excès d’optimisme du gouvernement, qui tablait sur 0,8% de croissance, alors qu’elle a finalement atteint 0,3%. Du coup les recettes fiscales n’ont pas atteint le niveau attendu et ont même été inférieures à celles de 2012. Le gouvernement s’est bien gardé de préciser également que les prélèvements obligatoires sont passés de 43,8% à 45,9% du PIB entre 2011 et 2013, un choc fiscal inégalé depuis les années 1970, qui aurait donc dû pu permettre de tenir le déficit ! Ce qui aurait peut-être pu advenir si les dépenses fixées avaient été respectées… Ce n’est pas le cas puisque celles-ci ont augmenté de 2% (contre 3% en 2012), les collectivités locales ayant notamment contribué à plomber le budget (le déficit s’est creusé de 5,5 milliards).

A ce jour pourtant, malgré l’échec du gouvernement en termes d’engagement budgétaire, la dette française continue de s’adjuger à des taux historiquement bas. Aujourd’hui, l’OAT se traitait à 2,06% contre 2,578% fin décembre. Mais la situation pourrait bien se retourner, notamment si les investisseurs se détournent de la France au profit de l’Italie, estime Bruno Cavalier, analyste chez Oddo. Les deux pays possèdent de nombreuses similitudes : des finances publiques en piètre état, une compétitivité en baisse continue et la volonté affirmée des autorités de réformer leur pays. Sauf que, souligne Bruno Cavalier, « Matteo Renzi a créé de forts espoirs », quand « François Hollande ne fait pas rêver ».

Sachant que l’Italie est l’un des seuls Etats d’Europe dont la dette est aussi liquide que celle de la France, les investisseurs pourraient décider de revendre leurs titres français au profit des obligations italiennes, si le nouveau Premier ministre lui, tient ses engagements. Un scénario que redoutaient déjà il y a quelques mois les analystes d'AXA IM. A ce jour, le spread Italie-France à dix ans est de 175 points de base contre plus de 200 points de base mi-2012... Pour Bruno Cavalier, il faudra donc suivre de très près l’évolution de l’écart de taux entre les deux Etats dans les prochains mois.

 

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article