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Mark Carney va-t-il dégainer avant Mario Draghi ?
La divergence de politique monétaire de part et d'autre de la Manche est pour le moins surprenante. Alors que la Grande-Bretagne fait du surplace dans les négociations sur le Brexit, et que son économie a sensiblement reculé depuis le vote sur la sortie de l'UE (le PIB britannique est passé de 1,8% en 2016 à 1,7% en 2017 et devrait à peine dépasser les 1,3% cette année), la Banque d'Angleterre a déjà commencer à relever ses taux directeurs en novembre dernier, elle a remonté ses taux de 0,25% à 0,50%, pour la première fois depuis dix ans en novembre 2017). De l'autre côté, la zone euro, qui a enregistré l'an dernier sa plus forte croissance depuis dix ans, avec une hausse de son PIB de 2,5% sur 2017, jouit toujours d'une politique monétaire extrêmement accommodante, avec un taux de dépôt en territoire négatif, à -0,40 et un taux de prêt de 0,25% seulement.
Certes, la décision de la BoE de remonter les taux en fin d'année dernière découle davantage d'une volonté du gouverneur Mark Carney de contrer la hausse des prix galopante causée par la chute de 10% de la livre depuis le référendum : l'inflation a dépassé les 3% en septembre et octobre 2017 avant de revenir juste en dessous ce ce niveau. Et le resserrement monétaire britannique n'est donc pas forcément le signe d'une amélioration de la conjoncture du pays. Mais la Banque d'Angleterre pourrait continuer de remonter ses taux si l'on en croit les analystes, et ce dès la réunion de politique monétaire du mois d'août, alors que les indicateurs avancés témoignent d'une légère amélioration de la conjoncture.
"La publication ce matin d'un indice PMI des services supérieur au consensus et d'une hausse des dépenses des ménages devraient soutenir les plus faucons de la BoE qui souhaitent poursuivre le resserrement monétaire", explique ainsi James Knightley, économiste chez ING à Londres. Selon l'enquête IHS Markit dévoilée ce matin en effet, l'indice PMI pour le mois de mai s'est établi à 54, contre 52,8 en avril, et alors que le consensus tablait plutôt sur 53. L'indice dans la construction et le secteur manufacturier a également progressé, permettant à l'indicateur composite anglais d'atteindre 54,5 en mai, soit le niveau le plus haut depuis décembre.
"Vu les résultas des enquêtes de confiance publiés ces dernières semaines, la croissance britannique pourrait accélérer au second trimestre, et passer de 0,1% seulement à 0,4%" estiment ainsi les équipes de Capital Economics. Selon eux, l'amélioration de la conjoncture couplée à un début de hausse des salaires plaident pour une hausse des aux directeurs en août prochain. "La probabilité d'une hausse est désormais supérieure à 50%", explique ainsi Ruth Gregory, économiste senior au sein de l'institut de recherche. "La Banque d'Angleterre a tendance à préférer relever les taux trop tôt que trop tard, estimant que le contexte de marché du travail tendu devrait continuer de tirer les salaires et donc les prix vers le haut", ajoute pour sa part James Knightley d'ING.
La situation n'est pas tout à fait la même en zone euro. Les résultats de l'enquête IHS Markit pour la région dévoilés ce matin également sont décevants : l'indice composite s'est ainsi établi à 54,1, soit son plus faible niveau depuis novembre 2016. La France et l'Allemagne, les deux principaux moteurs de la zone ont même affiché des plus bas de respectivement 16 et 20 mois. "La zone euro enregistre sa plsu faible croissance économique depuis un an et demi en mai, le taux d'expansion s'étant replié de façon continue depuis le pic atteint en janvier. La région devrait ainsi enregistrer sur l'ensemble du 2ème trimestre ses plus faibles performances économiques depuis 2016", note ainsi Chris Williamson, chief business economist chez IHS Markit.
Ajouté au fait que deux des plus importants pays de la zone euro, l'Espagne et l'Italie, viennent de changer de gouvernement, dans un contexte politique mouvementé, il est fort peu probable que le président de la BCE décide d'accélérer la sortie de QE. D'autant que le président craint de faire monter l'euro davantage, en agissant trop rapidement. Si la fin des achats de titres est pour le moment toujours prévue pour septembre prochain, le première relèvement de taux ne devrait pas avoir lieu avant la seconde partie de l'an prochain. Soit bien longtemps après que Mark Carney n'ait décidé de relever les siens. Il reste que si le gouverneur de la BoE décide d'agir en août, et de remonter les taux de 0,50% à 0,75%, il ne devrait pas pour autant enclencher de cycle de resserrement monétaire. "Il y a peu de chance pour que d'autres hausses suivent celle d'août-si elle a bien lieu- vu les incertitudes liées au Brexit et la réticence de plus en plus grandes des entreprises d'investir dans le pays", conclut James Knightley.
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