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Les activistes plus que jamais actifs en Europe

Selon Lazard, les actionnaires remuants ont investi 25 milliards de dollars au premier trimestre, un record historique. A l’image d’Elliott qui a sorti la hache de guerre chez Telecom Italia, les activistes visent de plus en plus l’Europe et se convertissent à l’investissement responsable sous l’influence d'ETF de plus en plus puissants.
Paul Singer
Paul Singer

 Elliott, qui maintient la pression sur Vivendi dans le dossier Telecom Italia et a vivement critiqué la décision prise par le board d’invalider l’AG du 24 avril pour voter la nomination de ses administrateurs, symbolise bien l’envie des investisseurs activistes d’en découdre, et en particulier sur des actifs européens. C’est bien la conclusion qui ressort de l’étude trimestrielle de Lazard sur l’activisme : les acteurs ont ainsi lancé 73 campagnes et déployé un total de 25 milliards de dollars (contre 17 milliards l’an passé), soit un record historique sur ces deux critères. Ce qui est notable est que les grands acteurs comme Pershing Square (Bill Ackman), Trian (Nelson Peltz) ou encore Corvex ont été plus calmes, tandis que de nouveaux noms émergent tels que Sailing Stone, Jericho Capital et Vulcan Value.

Par ailleurs, les activistes ont confirmé leur intérêt pour l’Europe, où ils ont multiplié les campagnes ce trimestre : sept investissements en Europe ont ainsi représenté un total de 7,1 milliards de dollars, de quoi égaler le niveau record de 21,6 milliards atteint en 2017 selon Lazard. Elliott a été le plus actif sur le Vieux Continent, puisqu’il est non seulement sur le front chez Telecom Italia, mais aussi en Grande-Bretagne chez l’opérateur de télévision Sky et l’ingénieur GKN. En termes de montants, c’est Sherborne Investors qui prend la tête, avec le bloc de 2,5 milliards de dollars pris dans la banque Barclays, même s’il n’a pas encore dévoilé ses intentions. En France selon les données de Wansquare, c’est Danone qui fait l’objet de l’attention de la part de Corvex, qui est entré au capital du groupe agroalimentaire mais est resté inactif pour le moment.

Les activistes sont aussi de plus en plus matures et choisissent désormais des attaques plus long-termistes et moins frontales. Au premier trimestre, ils ont privilégié la nomination d’administrateurs au board (41% des campagnes) aux requêtes pure et simples de M&A ou de spin-off (33%) ou encore à un changement de gouvernance (26%). Et cela fonctionne car ils ont en moyenne obtenu 50% de sièges de plus que l’an passé à cette époque, ce qui leur permet d’influer sur les stratégies de leurs cibles.

Mais ils ne sont désormais plus les seuls à se faire entendre car les grands fonds indiciels comme BlackRock, Vanguard ou encore State Street, qui ont des poids de plus en plus prépondérants puisqu’ils représentent à eux trois 18% du S&P 500 (contre 14% en 2012) et 9,4% du Footsie 100, selon Lazard. Ces derniers influencent aussi les batailles et incitent les activistes à intégrer des critères ESG dans leurs campagnes. Elliott en est un exemple, qui milite par exemple pour davantage de femmes administratrices dans le groupe de logiciels Commvault. D’autres se lancent même dans des fonds à objectif environnemental et social, à l’instar de ValueAct Capital qui lève actuellement un fonds de 100 millions de dollars sur ces thématiques.

Les activistes, qui étaient historiquement positionnés sur le rendement aux actionnaires et l’optimisation des marges, semblent donc de plus en plus tentés par les thématiques ESG, qui ont elles-mêmes les faveurs des investisseurs tout en affichant des rendements favorables. Les esprits chagrins verront là une sorte de schizophrénie pour des acteurs parfois prêts à des méthodes peu orthodoxes pour parvenir à leurs fins, mais l’objectif peut en tout cas être loué.


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