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Suez passe des paroles aux actes avec le rachat de GE Water
Jean-Louis Chaussade, le président de Suez, l’avait concédé lors de la présentation des résultats annuels la semaine dernière : son groupe était certes candidat à des opérations de croissance externe, mais n’irait au bout que si les activités étaient complémentaires aux siennes, et si l’opération avait du sens au niveau financier. GE Water, la filiale eau du géant américain General Electric, a semble-t-il répondu à ces critères, car le groupe de services à l’environnement a annoncé mercredi qu’il s’était allié à la Caisse des Dépôts et Placement du Québec, le fonds de pension canadien, pour racheter cet actif pour 3,2 milliards d’euros en numéraire. Soit 10 fois l’Ebitda de la cible en incluant les synergies, estimées à 200 millions d’euros par an. Suez anticipe une hausse annuelle de 65 millions d’euros de son Ebitda, dont 80% seront réalisés à la fin de la troisième année.
Dans le détail, le Français a conclu un partenariat à 70/30 avec le fonds de pension canadien et apportera ses activités d’eau industrielle dans une nouvelle entité. Soucieux de préserver sa notation (A3 selon Moody’s), Suez a conçu un financement relais, qui sera suivi d’une augmentation de capital de 750 millions d’euros. Cette opération a été approuvée par ses actionnaires principaux, Engie, CriteriaCaixa (après la vente d’Agbar) et Catalgirone (qui est devenu actionnaire en septembre dernier, après lui avoir vendu 10% d’Acea). Mais aussi une dette obligataire de 1,1 milliard d’euros et 600 millions de titres hybrides, tandis que la Caisse du Québec apportera 500 millions d’euros d’equity. Avec ce montage, le groupe peut ainsi s’assurer de respecter les engagements pris pour 2017, à savoir une dette financière qui ne dépasse pas trois fois son Ebitda.
Suez a mis le prix pour s’assurer de remporter les enchères – Blackstone aurait proposé 3 milliards de dollars, selon les rumeurs. Car l’opportunité était trop belle : alors que sa division eau en Europe a vu ses revenus reculer de 1,3% et est confrontée à un contexte très difficile lié à la baisse des volumes, le marché est bien plus prometteur de l’autre côté de l’Atlantique. Il met ainsi la main sur un groupe qui génère 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, dont 50% en Amérique du Nord et 50% dans le reste du monde (mais à 80% hors d’Europe), une aubaine dans la mesure où le marché mondial est en croissance de 5% par an. Les revenus hors d’Europe passent ainsi de 33% à 40% et surtout les activités industrielles, plus porteuses, atteignent 39%.
Cette opération est symptomatique des challenges qu’affrontent les grands corporates européens, qui vont chercher aux Etats-Unis les sources d’une croissance trop faible sur leurs marchés domestiques. Il est très encourageant de constater que les industriels, s’ils mettent le bon prix et structurent leur opération de manière intelligente – notamment en s’alliant avec de grands institutionnels – peuvent coiffer les plus grands fonds de private equity, même déjà exposés au secteur. Les synergies qu’ils peuvent intégrer dans leurs business models leur donnent ce petit avantage pour faire les meilleures offres. Espérons que d’autres cibles aussi alléchantes que GE Water permettent aux groupes français et européens d’animer les M&A aux Etats-Unis en 2017.
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