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L'effondrement du pétrole ne suffit pas à justifier la faiblesse de l'inflation

L'analyse comparée de l'évolution des cours de l'or noir et de l'inflation en zone euro depuis cinq ans montre que l'indice HICP a commencé à s'effondrer bien avant la chute du baril. La BCE n'a pas atteint son objectif de 2% depuis janvier 2013.
Graphe en baisse
Graphe en baisse

"L'évolution des prix, proche mais inférieure à 2% en zone euro", tel est le principal objectif de la BCE, que Mario Draghi ne se lasse pas de rappeler à chacune des conférences de presse post réunion des gouverneurs. La faiblesse de l'indice HICP, qui atteignait en janvier 0,3% seulement en zone euro, et qui est situé sous les 2% depuis janvier 2013, a d'ailleurs été le moteur de toutes les mesures non conventionnelles mises en place depuis lors par la BCE. La chute des prix de l'or noir n'a pas aidé le président Draghi et pesé naturellement sur les prix en zone euro.

Une note de la BCE parue dans son second bulletin économique de 2016 met ainsi en valeur le mécanisme par lequel la baisse du pétrole affecte les coûts de l'énergie pour le consommateur final. L'étude souligne ainsi, que la chute du pétrole brut a un impact quasiment instantané (au bout de quelques semaines) sur le prix de l'essence achetée par les citoyens européens. Les économistes montrent en revanche que l'évolution du coût du gaz et de l'électricité est beaucoup moins corrélée avec celle du pétrole, à la fois grâce à l'émergence de marchés spots du gaz en Europe et parce que l'électricité du vieux continent est principalement produite grâce aux énergies fossiles (le pétrole est rarement utilisé pour la production électrique, explique la note). La composante énergie de l'inflation, actuellement située en territoire négatif est donc principalement affectée par la faiblesse de l'or noir via la baisse des prix à la pompe, concluent les économistes.

Mais l'effondrement des prix du baril ne permet pas de justifier à lui-seul le niveau historiquement bas de l'inflation en zone euro. Certes, la chute du pétrole pèse sur l'évolution des prix mais une analyse comparée des cours de l'or noir et de l'indice HIPC sur cinq ans, souligne que ce dernier s'est effondré bien avant la baisse du baril. Ainsi, les prix à la consommation sont passés de 3% en novembre 2011 à 2% en janvier 2013, puis 1,1% en septembre de la même année, avant d'arriver en territoire négatif, en décembre 2014. Or la dégringolade de l'or noir a elle commencé bien plus tard, en juillet 2014 passant de 111 dollars le baril, à 49 dollars en janvier 2015. Dans le même temps, l'indice des prix à la consommation en zone euro est passé de 0,4% à -0,6%, soit une baisse beaucoup moins violente que celle du baril. Enfin, celui-ci a continué de chuter, pour atteindre un plus bas en janvier 2016, à 28 dollars, perdant ainsi 40% par rapport à novembre 2015, tandis que l'indice HICP reprenait de son côté quelques couleurs, passant de 0,1% à 0,3% en janvier donc.

La décorrélation depuis quelques mois entre l'évolution de l'or noir et des prix à la consommation s'explique tout d'abord par le fait que la composante énergie ne représente que 16% des dépenses totales des consommateurs (sachant que cette composante comprend aussi le prix de l'eau et du logement...). La composante transports, également impactée par la baisse du baril, représente de son côté 14,7% des dépenses. Les autres déterminants de l'inflation ont donc permis de compenser la faiblesse de l'énergie et des transports, tous deux en territoire négatif en janvier. Il n'en reste pas moins que l'inflation sous jascente (alimentation, habillement...) est toujours située à un niveau au plus bas. Ce qui traduit la faiblesse de la reprise en zone euro et explique l'inquiétude de Draghi concernant son objectif.

La persistance d'une inflation trop faible en zone euro n'est effectivement pas sans risque. D'un point de vue macro tout d'abord, puisqu'en cas de fléchissement prolongé des prix et des anticipations de prix à plus long terme, ménages et entreprises pourraient en venir à intégrer une baisse future du coût des produits; leurs dépenses s'en trouveraient alors en retrait, ce qui freinerait à terme l'activité.  Enfin, une inflation trop basse  risque de "remettre en question la crédibilité de la BCE et d'entraîner un désarrimage des anticipations d'inflation" expliquaient les analystes de BNP Paribas dans une note qui date déjà de janvier 2014. Prouvant ainsi que la problématique de la faible inflation dure depuis plus de deux ans déjà. Il faut donc espérer que les mesures annoncées par Draghi il y a deux semaines, de prêts à moindre coût accordés aux banques et d'élargissement du programme de rachat de titres mensuels portent rapidement leurs fruits. 

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