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Comment Orange et l'Etat vont sauver la face sur Dailymotion

Orange pourrait vendre 49% de la plateforme de vidéos Internet au groupe du milliardaire de Hong Kong, Li Ka-Shing, pour une valorisation de 250 millions d'euros. De quoi sortir par le haut de ce dossier politico-médiatique.
Dailymotion
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Ironiquement, l'information vient d'un média américain, le Wall Street Journal: Orange serait sur le point de rentrer en négociations exclusives avec le groupe de Hong Kong, PCCW, pour lui vendre une minorité de 49% du capital de Dailymotion. La maison-mère de la plateforme de vidéos Internet aurait informé son conseil d'administration qu'il allait signer un accord dans les prochains jours sur une valorisation de 250 millions d'euros, dette comprise. Exit donc les américains, après Yahoo et Microsoft, c'est le groupe dirigé par Richard Li, le fils du milliardaire de Hong Kong Li Ka-shing, qui aurait la charge de financer le développement de la start-up française, notamment en Asie. PCCW est à la fois un géant des télécoms à Hong Kong mais aussi détient des activités médias comme la chaîne de télévision payante Now TV, le site de streaming de musque MOOV et un autre de vidéo payante à la demande , Now.com.

Cette transaction serait bien sûr un véritable soulagement pour le groupe de Stéphane Richard, qui cherche une solution pour l'avenir de Dailymotion depuis plus de deux ans maintenant. Le dossier avait fait la une de la presse lorsqu'Arnaud Montebourg, dans un accès d'intrusion politique dont il avait le secret, s'était opposé à la vente du groupe à Yahoo, début 2013. Estomaqué par ces réactions de "patriotisme économique", le management américain avait bien sûr fait marche arrière, laissant Orange seul pour financer son expansion. Mais l'opérateur télécoms, en pleine guerre des prix avec ses concurrents dans un marché en consolidation, avait d'autres chats à fouetter. Après avoir déjà apporté près de 30 millions d'euros d'argent frais depuis 2013, il fallait un successeur aux reins solides pour passer à la vitesse supérieure.

La maison-mère s'était tout d'abord tournée vers les Etats-Unis, le premier marché de Dailymotion. Une alliance avec un grand nom américain de l'Internet avait tout son sens, mais les discussions avec Microsoft ont elles aussi achoppé. Tout comme celles avec Canal Plus, qui voulait en faire une plateforme de contenus payants. En attendant, le groupe a accumulé du retard face à son concurrent, le géant Youtube, qui affiche 1 milliard de visites uniques par mois et 4 milliards de dollars de revenus en 2013, contre à peine 180 millions et 70 millions d'euros de chiffre d'affaires pour le français. Aujourd'hui, un deal avec un empire de Hong Kong, qui valorise en outre sa filiale à 3,5 fois ses revenus, serait du pain béni pour Orange, qui garderait en outre le contrôle et ne peut être taxé de brader une pépite hexagonale. Mais aussi pour Dailymotion, qui peut pousser les feux sur un territoire de forte croissance, sans aller se confronter en direct au marché de son illustre concurrent, Youtube.

Si Orange semble être enfin en mesure de sortir par le haut de ce dossier difficile, le "précédent" Dailymotion symbolise à lui seul les problèmes de développement des pépites françaises. Google a su mettre le prix fort (1,65 milliard de dollars) dès 2006 pour donner à Youtube les moyens de son expansion, après seulement un an d'existence. Même si elle n'a pas encore réussi à la rentabiliser. Outre l'immense écosystème du venture américain, les start-up, et même les poids lourds tels qu'Alibaba, peuvent aussi tenter l'aventure de la Bourse. Mais en France et en Europe, le marché n'a pas la profondeur suffisante pour financer un groupe comme Dailymotion, surtout s'il compte garder un modèle gratuit. L'adossement à un poids lourd des médias en Asie est donc la meilleure solution pour ne pas signer la mort à petits feux d'une rare success story de l'Internet français.


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