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Quand BlackRock veut faire du Warren Buffett
Essayer de concurrencer l’oracle d’Omaha n'est pas une mince affaire. C’est pourtant l’ambition qu'affiche BlackRock, qui est déjà le plus gros gérant d’actifs au monde avec plus de 6.000 milliards de dollars. Le groupe américain a ainsi dévoilé qu’il comptait lever un fonds de 10 milliards de dollars dénommé BlackRock Long-Term Private Capital auprès de fonds de pension, fonds souverains et autre grands institutionnels, qui pourront aussi co-investir dans certains dossiers. Il s’agirait de la plus grosse enveloppe jamais collectée par le groupe, qui compte aussi allouer ses propres capitaux. Selon le Wall Street Journal, le fonds a pour ambition d’investir des tickets de 500 millions à 2 milliards de dollars en direct dans des sociétés qui font face à des thématiques de long terme, et garder ses participations pendant plus de 10 ans. Il devrait closer le véhicule au deuxième trimestre 2018, avec quatre à six investisseurs de premier plan.
BlackRock compare ce fonds au modèle de Berkshire Hathaway, le fameux holding de Warren Buffett qui se positionne lui aussi sur le long terme. Pourtant, cet effort ressemble aussi beaucoup à du private equity à long terme, légèrement aménagé. Le groupe dirigé par Larry Fink compte ainsi engranger l’argent de ses investisseurs dès le départ, et réinvestir cet argent au fur et à mesure des cessions, afin de ne pas se retrouver à court de cash. Son objectif de rendement est légèrement inférieur à celui affiché historiquement par le non coté, entre 10 et 15%. En interne, c’est Mark Wiseman, responsable de l’investissement alternatif et patron mondial des fonds actifs – et potentiel successeur de Larry Fink – qui a pris en charge cette initiative. BlackRock vient aussi de débaucher le directeur du fonds de pension canadien PSP Investments pour superviser ce véhicule.
En musclant l’activité d’investissements alternatifs, qui représente déjà 145 milliards de dollars chez BlackRock, Larry Fink s’attaque ainsi aux plates-bandes de son ancienne maison, Blackstone, dont il a organisé le spin-off de BlackRock en 1994. Surtout, pour ce géant financier spécialiste des ETF et autres fonds passifs, cette stratégie démontre la volonté de développer des métiers à plus forte marge. Le groupe a largement bénéficié de la liquidité à l’œuvre sur les marchés financiers, et d’une période de hausse des indices notamment grâce à la politique accommodante des banques centrales. Mais alors que les marchés ont flanché face à la remontée probable de l’inflation, il est temps de diversifier ses actifs.
D’autant que le private equity, réputé pour ses rendements avantageux sur le long terme et sa capacité à absorber la volatilité – aussi en raison de son illiquidité -, a le vent en poupe auprès des investisseurs. Selon Preqin, les fonds de private equity ont ainsi levé 453 milliards de dollars en 2017, un montant record, mais ont aussi du mal à mettre tout cet argent au travail, si bien que la poudre sèche des capitaux non investis a passé pour la première fois le cap des 1.000 milliards de dollars. L’arrivée de BlackRock sur ce segment est symptomatique de la volonté des grands institutionnels de mettre fin aux intermédiaires pour optimiser leur propre rendement. Même si cette concurrence accrue risque aussi de porter atteinte aux performances de l’ensemble du non coté.
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